Ce soir à 19h, des milliers de familles vont ouvrir les résultats Parcoursup. Certains vont souffler de soulagement. Beaucoup vont stresser. Moi, je veux vous parler de ce que personne ne dit : ce système empire la crise du logement en fabriquant de la demande locative.
Quand j’étais étudiant— au XXème siècle, oui, ça commence à dater — le principe était simple et basique. Tu passes ton bac dans la ville où tu as grandi, tu t’inscris à la fac de la ville où tu as grandi. Pas de sélection à l’entrée, des amphis bondés à la rentrée, des étudiant-e-s assis par terre, beaucoup d’abandons en cours d’année. Système perfectible, ok, mais avec un avantage invisible : les étudiants restaient là où ils avaient grandi.
L’État a voulu régler le problème en inventant un algorithme d’attribution dont le dernier avatar est Parcoursup. On affecte les étudiants là où il y a de la place.
Concrètement ?
Jean-Michel passe son bac à Nancy. Il est admis à Montpellier.
Géraldine passe son bac à Montpellier. Elle est admise à Nancy.
Deux étudiants qui auraient pu rester chez leurs parents doivent maintenant trouver un logement dans une ville qu’ils ne connaissent pas. Deux loyers supplémentaires sur un marché déjà à l’os. Deux familles qui cassent la tirelire ou deux étudiants qui cumulent boulot et études pour payer un loyer.
Chaque année, plus de 110 000 étudiants doivent trouver un logement dans une ville qu’ils ne connaissent pas.
Et le pire, c’est que personne n’en parle comme ça. On débat des algorithmes, des vœux, des lycées qui favorisent ou pas. Mais la question de fond — est-ce qu’on a le droit de déraciner un jeune de 18 ans pour équilibrer des capacités d’accueil — elle reste entière.
Dans les années 70, la CFDT avait une campagne « vivre et travailler au pays ». Je pense qu’il faut faire évoluer le système en réclamant pour les jeunes « vivre et étudier au pays ».






