En résumé : un bail signé ne peut pas supprimer des droits prévus par la loi ; les clauses interdites ou abusives sont « réputées non écrites » et peuvent être écartées.
- Le cadre légal (loi de 1989, ALUR, décrets, parfois Code de la conso) prime sur le contrat.
- Différence essentielle : clause interdite (illégale), clause abusive (déséquilibre), clause seulement défavorable (légale).
- Une clause « réputée non écrite » est considérée comme inexistante, sans annuler le reste du bail.
- À vérifier en priorité : dépôt/loyer/frais, usage du logement, travaux/charges, résiliation, en comparant au modèle ALUR et aux sources officielles (ADIL, service-public).
- Sont généralement illégales : pénalités automatiques (retard), amendes forfaitaires et frais de relance non prévus par la loi.
- Restrictions d’usage souvent invalides : interdire d’héberger des proches, imposer une occupation continue, limiter arbitrairement les occupants, interdire globalement domiciliation/télétravail (sans nuisances/activité commerciale).
- Vie privée : interdiction générale des animaux non dangereux et visites/entrées sans accord sont interdites, hors urgences ; les visites pour vente/relocation doivent rester raisonnables.
- Travaux/charges : le bailleur ne peut pas transférer grosses réparations, mise en conformité ou remplacement pour vétusté au locataire ; l’entretien courant oui, sans prestataire imposé.
- Dépôt/assurance/loyer : dépôt plafonné et restituable ; indexation uniquement selon règles (IRL) ; imposer assureur/garanties payantes peut être abusif.
- Durée et départ : durées minimales encadrées ; le locataire peut partir avec préavis légal ; expulsion/résiliation nécessitent une procédure avec juge.
- En cas de clause litigieuse : demander par écrit, garder les preuves, puis conciliation (CDC/conciliateur) avant le juge, sans cesser de payer le loyer de sa propre initiative.
Un bail qui fait 8 pages, des phrases longues comme le bras, des renvois d’articles de loi… et la petite voix qui dit : “est-ce que ce truc est vraiment légal ?”. Bonne nouvelle : même signé, un contrat de location ne peut pas enlever des droits protégés par la loi. Les clauses abusives ou interdites sont tout simplement réputées « non écrites ».
L’enjeu, du coup, c’est de réussir à les repérer. Clauses pénales, dépôt de garantie trop élevé, interdiction d’héberger un proche, frais de relance inventés… Ce guide passe en revue les clauses interdites dans un bail d’habitation et donne une méthode simple pour vérifier la conformité de son bail et réagir sans paniquer.
Rappel du cadre légal qui encadre les clauses d’un bail d’habitation
Les principaux textes à garder en tête
Dans la majorité des locations de résidence principale (vide ou meublé), les clauses du bail doivent respecter :
- la loi du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs (texte “cadran” des baux d’habitation)
- la loi ALUR (2014) et les lois suivantes qui ont complété/renforcé les protections des locataires
- les décrets d’application, par exemple sur les charges récupérables ou les réparations locatives
- le Code de la consommation, surtout quand le bailleur est un professionnel (agence, société, bailleur social, etc.)
- la jurisprudence, c’est-à-dire les décisions de justice qui précisent ce qui est considéré comme abusif ou non.
Les règles peuvent évoluer. Pour vérifier un point précis, les sites de référence sont service-public.fr et, pour les aides, le site de la CAF.
Différence entre clause interdite, clause abusive et clause défavorable
Dans un bail, tout ce qui est désagréable n’est pas forcément illégal. On distingue :
- Clause interdite : la loi ou un décret dit clairement qu’elle est illicite (ex. : faire payer des frais de relance, interdire d’héberger un proche, exiger un dépôt de garantie au-delà du plafond légal). Elle est réputée non écrite.
- Clause abusive : elle crée un déséquilibre important entre bailleur et locataire au détriment du locataire. Elle n’est pas toujours listée noir sur blanc dans un texte, mais les juges l’écartent souvent (ex. : visite hebdomadaire imposée, pénalité disproportionnée).
- Clause simplement défavorable : elle est dure mais légale (ex. : interdiction de sous-location sans accord, loyer élevé mais dans la limite légale, obligation d’assurance habitation). On peut la trouver injuste, mais elle tient juridiquement.
Différence entre bail conforme loi ALUR et bail non conforme
Pour les locations de résidence principale, la loi impose un modèle type de bail (vide, meublé, colocation à bail unique). Un bail conforme à la loi ALUR :
- reprend les mentions obligatoires (identité des parties, montant du loyer, dépôt de garantie, superficie, etc.)
- annexe les diagnostics obligatoires et la notice d’information
- ne contient pas de clauses interdites listées par les textes.
Un bail non conforme ne veut pas dire automatiquement “nul”. En pratique :
- le contrat reste valable pour le reste,
- les clauses contraires à la loi sont écartées (réputées non écrites),
- le locataire peut demander au juge d’appliquer la loi à la place des clauses illégales.
D’où l’intérêt de repérer ce qui coince, même après signature.
Comprendre ce qu’est une clause interdite dans un bail d’habitation
Définition d’une clause réputée non écrite
Une clause est réputée non écrite quand elle est considérée comme n’ayant jamais existé. Concrètement :
- le reste du bail continue de s’appliquer
- le bailleur ne peut pas se prévaloir de cette clause, même si le locataire l’a signée
- le locataire peut demander au juge de constater officiellement qu’elle est non écrite.
Exemple typique : une clause qui dit “le dépôt de garantie restera acquis au bailleur à la fin du bail, quelle qu’en soit la cause”. Cette phrase est réputée non écrite, le bailleur doit tout de même restituer le dépôt dans les conditions légales.
Conséquences sur la validité du bail et les droits du locataire
La présence de clauses abusives ne fait pas tomber tout le bail, sauf cas extrême. En général :
- le contrat de location reste valide,
- la clause illégale est simplement neutralisée,
- le locataire peut récupérer ce qu’il a trop payé (frais indus, dépôt non restitué, etc.) dans les limites des délais de prescription (souvent 3 ans pour les sommes d’argent).
Attention toutefois : tant qu’un juge n’a pas tranché, certains bailleurs continuent d’appliquer leurs clauses. D’où l’intérêt de garder des preuves écrites et, si besoin, de saisir le juge des contentieux de la protection.
Méthode simple pour repérer une clause abusive dans son bail
Pour vérifier la conformité d’un bail d’habitation et repérer les clauses abusives, une méthode en trois temps aide beaucoup :
- Scanner les zones sensibles : dépôt de garantie, loyers et indexation, frais annexes, travaux et réparations, visites, animaux, résiliation.
- Se poser la question clé : “Est-ce que cette clause enlève un droit que la loi donne normalement au locataire ou lui impose une charge qui devrait être pour le bailleur ?”.
- Comparer avec une source sûre : modèle type de bail (loi ALUR), fiches ADIL, ou un bail vide/meublé récent d’un organisme institutionnel.
Au moindre doute, une relecture par l’ADIL ou une association de locataires évite de rester seul face au contrat.

Clauses pénales et sanctions financières qui sont interdites
Pourquoi les clauses pénales sont en principe illicites dans un bail d’habitation
Une clause pénale, c’est une phrase du type : “En cas de retard de paiement du loyer, le locataire devra payer une somme forfaitaire de X € par jour de retard” ou “une pénalité de 10 % du loyer”.
Dans les baux de résidence principale soumis à la loi de 1989, ces pénalités “automatiques” sont en principe interdites, car elles déséquilibrent le contrat au détriment du locataire. Le bailleur peut demander des intérêts de retard légaux et éventuellement des dommages-intérêts devant le juge, mais pas appliquer d’office des amendes prévues dans le bail.
Pénalités de retard de loyer et amendes forfaitaires : exemples à éviter
Exemples de clauses souvent abusives :
- “En cas de retard de plus de 5 jours, une pénalité de 50 € sera appliquée.”
- “Tout incident de paiement donnera lieu à une majoration de 5 % du loyer.”
- “Le bailleur pourra exiger une somme forfaitaire de 100 € à chaque retard de loyer.”
Dans ce type de situation, le bailleur garde tous ses droits pour poursuivre le locataire en cas d’impayé, mais ne peut pas ajouter des amendes inventées par le bail.
Frais de relance, de mise en demeure, de commandement de payer : ce qui ne peut pas être facturé
Autre grande classique : les frais administratifs imposés au locataire. Sont en principe illicites, notamment quand ils sont automatiques et forfaitaires :
- “frais de relance par courrier ou e-mail : 15 € par courrier”,
- “frais de mise en demeure : 40 €”,
- “frais de commandement de payer : 90 €”.
Ces frais de gestion font partie des charges de propriétaire, sauf ceux liés à des actes d’huissier ou de justice décidés par le juge (qui peuvent ensuite, parfois, être mis à la charge du locataire condamné).
La règle : tout ce qui relève de la gestion administrative normale du bail (relances, quittances, envois de courriers simples…) ne doit pas être facturé en plus au locataire.
Clauses qui restreignent abusivement l’usage du logement
Interdiction d’héberger des proches ou des amis : une clause toujours non écrite
Le locataire a le droit de jouir paisiblement du logement, ce qui comprend la possibilité d’héberger famille, conjoint, amis, même de manière prolongée, tant qu’il reste occupant principal et que cela ne transforme pas la location en sous-location payante.
Sont réputées non écrites, par exemple :
- “Le locataire s’interdit d’héberger toute personne étrangère au bail.”
- “Le logement ne pourra être occupé que par le titulaire du bail.”
En revanche, la loi encadre la sous-location (un tiers paie un loyer au locataire) qui nécessite l’accord écrit du bailleur, sauf exceptions (bail mobilité, etc.).
Obligation d’occuper personnellement et en permanence le logement
Le logement doit être la résidence principale du locataire (occupation au moins 8 mois par an en principe, hors raisons légitimes : études, santé, mission pro…).
Mais certaines clauses vont trop loin, par exemple :
- “Le locataire devra occuper le logement de façon continue toute l’année, sans interruption.”
- “Toute absence supérieure à 15 jours devra être signalée au bailleur, sous peine de résiliation de plein droit du bail.”
Ces clauses portent atteinte à la liberté de circulation et sont en général considérées comme abusives. Le bailleur ne peut pas résilier le bail juste parce que le locataire s’absente pour les vacances ou un déplacement prolongé, tant que le logement reste sa résidence principale.
Interdiction de domiciliation, de télétravail ou d’usage mixte : ce qui est possible
En principe, l’usage normal du logement est l’habitation. Mais la loi permet :
- la domiciliation de l’activité pro au domicile (auto-entrepreneur, freelance…) sous certaines conditions
- le télétravail quand l’activité ne transforme pas le logement en local commercial.
Une clause qui interdit de façon générale “toute activité professionnelle” ou “toute domiciliation d’entreprise” est souvent trop large. En pratique, la jurisprudence regarde si :
- l’activité ne crée pas de nuisances (bruit, va-et-vient de clients, stockage massif de marchandises)
- l’usage reste principalement d’habitation.
En revanche, il est normal qu’un bail interdise de transformer l’appartement en magasin, restaurant ou bureau recevant du public sans autorisation.
Limitation abusive du nombre d’occupants
Le bail peut rappeler les règles de sur-occupation (logement trop petit pour le nombre de personnes), mais des limites arbitraires sont problématiques.
Exemples d’abus :
- “Le logement ne pourra être occupé que par une personne.” (pour un T3 de 60 m²…)
- “Le locataire ne pourra pas accueillir d’enfant ou augmenter le nombre d’occupants.”
En pratique, c’est la notion de logement décent et de surface minimale qui compte. Le locataire peut vivre en couple, avoir un enfant, accueillir un proche, tant qu’il n’y a pas de sur-occupation au sens de la loi et du règlement sanitaire.
Animaux, visites et vie privée : les clauses interdites fréquentes
Clauses interdisant systématiquement les animaux de compagnie
Dans une location de résidence principale, il est interdit d’interdire purement et simplement tous les animaux de compagnie non dangereux (sous réserve du respect de l’hygiène et de la tranquillité du voisinage).
Une clause du type “Le locataire s’interdit de détenir tout animal, même temporairement” est donc réputée non écrite, sauf pour :
- les chiens d’attaque de catégorie 1 (interdiction stricte)
- des animaux qui créent des troubles anormaux de voisinage.
Le bailleur peut exiger que le locataire respecte le règlement de copropriété (ex. : tenir le chien en laisse dans les parties communes) mais pas interdire tous les animaux non dangereux par principe.
Visites du bailleur ou de l’agent immobilier : ce qui porte atteinte à la vie privée
Le locataire a droit à la jouissance paisible du logement. Le bailleur ne peut pas rentrer chez lui comme il veut, même muni d’un double des clés.
Exemples de clauses abusives :
- “Le bailleur pourra visiter le logement une fois par mois pour vérifier son état.”
- “Le bailleur pourra accéder au logement en cas d’urgence sans accord du locataire.” (sauf vrai cas de force majeure, type fuite d’eau massive et danger avéré).
Ce qui est légal :
- prévoir des visites en vue de la vente ou de la relocation en fin de bail, avec créneaux limités (par ex. 2 heures par jour ouvrable) et en accord avec le locataire
- intervenir pour des travaux nécessaires (urgence, mise aux normes) en respectant un préavis raisonnable et les droits du locataire.
Clauses d’interdiction totale de tournage, prises de vue, reportage
Certains baux prévoient des phrases du type : “Toute prise de vue, tournage ou reportage est strictement interdite dans le logement”.
Pour un usage privé (photos de famille, contenu réseaux sociaux sans transformation du logement en studio pro avec passage de clients), une interdiction totale est souvent excessive. La frontière avec une activité professionnelle (tournage récurrent rémunéré, équipe, clients) peut devenir floue.
La jurisprudence évolue, et il faut regarder au cas par cas. En pratique :
- les usages privés restent largement libres
- les tournages pros récurrents peuvent être assimilés à un changement d’usage ou une activité commerciale, qui doit être autorisée.

Clauses qui dérogent illégalement à la répartition des charges et réparations
Transfert au locataire de travaux à la charge du propriétaire
La loi distingue clairement :
- les grosses réparations et mises en conformité (structure de l’immeuble, toiture, ravalement, gros travaux sur les équipements du logement…) à la charge du bailleur
- les réparations locatives et l’entretien courant (petits joints, entretien des sols, menus raccords de peinture) à la charge du locataire.
Sont réputées non écrites les clauses qui transfèrent tout et n’importe quoi au locataire, par exemple :
- “Tous les travaux, quelle que soit leur nature, seront à la charge du locataire.”
- “Le locataire prendra à sa charge tout remplacement de chaudière, ballon d’eau chaude, fenêtres ou volets en cas de panne.”
Le décret sur les réparations locatives (consultable sur service-public.fr) sert de base pour savoir ce qui est légalement à la charge du locataire.
Clé perdue, remplacement de serrure, entretien de chaudière : ce qui peut ou non être mis à la charge du locataire
Cas fréquents :
- Clés perdues : si le locataire perd ses clés, il assume logiquement le coût de la reproduction ou du changement de serrure. Une clause le rappelant est admissible, à condition de rester raisonnable (pas de forfait délirant obligatoire).
- Entretien de chaudière individuelle : si le logement possède une chaudière individuelle, l’entretien annuel est en principe à la charge du locataire. Le bail peut le rappeler. Il ne peut pas en revanche imposer un prestataire unique sans laisser le choix.
- Remplacement de chaudière ou d’équipement vétuste : là, on est dans les travaux de bailleur. Une clause qui impose au locataire le remplacement complet d’un équipement en fin de vie est abusive.
Clauses imposant certains contrats ou prestataires
Le locataire reste libre de choisir :
- son assureur pour l’assurance habitation (même si le bail peut exiger qu’il soit assuré)
- son fournisseur d’énergie, d’internet, etc.
- dans une certaine mesure, le prestataire pour l’entretien de la chaudière, même si un contrat collectif peut exister dans l’immeuble.
Sont généralement abusives :
- “Le locataire devra obligatoirement souscrire une assurance habitation auprès de la compagnie X.”
- “Le locataire devra obligatoirement souscrire un contrat d’entretien de chaudière auprès du prestataire Y pour un montant annuel de Z €.” (sans liberté de choix).
Il peut exister des contrats collectifs (chauffage collectif, contrat d’entretien global d’immeuble). Dans ce cas, les coûts peuvent être en partie récupérables en charges, mais ce n’est pas la même chose qu’un contrat imposé personnellement.
Clauses sur dépôt de garantie, assurance et loyers
Dépôt de garantie supérieur au maximum légal ou non restituable
Le montant du dépôt de garantie est encadré :
- logement vide : maximum 1 mois de loyer hors charges
- logement meublé : maximum 2 mois de loyer hors charges.
Une clause prévoyant “3 mois de dépôt de garantie pour un logement vide” est donc illicite pour la partie qui dépasse le plafond. Le locataire peut en demander la restitution.
Sont également réputées non écrites :
- “Le dépôt de garantie restera automatiquement acquis au bailleur en fin de bail.”
- “Le dépôt de garantie ne donnera lieu à aucune restitution, même si l’état des lieux de sortie est conforme.”
La restitution (ou les retenues) obéit à des règles strictes (délai, justificatifs). Détails à jour sur service-public.fr.
Indexation du loyer, révision et règles d’encadrement
Pour être valable, la clause de révision du loyer doit :
- mentionner clairement l’indice de référence des loyers (IRL) publié par l’INSEE
- préciser la périodicité (en général annuelle)
- respecter les règles locales d’encadrement des loyers (Paris, Lille, Lyon, etc. si applicable).
Clauses problématiques :
- “Le loyer pourra être révisé chaque année selon l’indice du coût de la construction” (indice non autorisé pour les baux soumis à la loi de 1989 sauf cas particuliers)
- “Le bailleur pourra augmenter le loyer librement chaque année” (sans référence à l’IRL)
- cumul de plusieurs mécanismes de hausse (révision + “rattrapage” automatique) qui débordent la loi.
Si le logement est dans une zone d’encadrement des loyers, un loyer de base au-delà du plafond, sans justification de complément ou avec un complément abusif, peut aussi être contesté.
Imposer une assurance habitation spécifique ou une garantie payante
Le locataire doit être assuré contre les risques locatifs (incendie, dégâts des eaux…). Le bail peut l’y obliger et demander une attestation chaque année.
En revanche, sont jugées abusives les clauses qui :
- imposent un assureur précis ;
- imposent une garantie payante complémentaire type “garantie Visale privée” ou “pack assurance bailleur” à la charge du locataire, sans liberté de choix.
Certains dispositifs (garanties loyers impayés, assurances supplémentaires) doivent être payés par le bailleur et non par le locataire, sauf accord volontaire très encadré.

Clauses relatives à la durée du bail, au renouvellement et à la résiliation
Durée du bail plus courte que la loi
Pour une résidence principale, la durée minimale dépend du type de bailleur et du type de location :
- Logement vide – bailleur personne physique : minimum 3 ans
- Logement vide – bailleur personne morale (société, etc.) : minimum 6 ans
- Logement meublé : minimum 1 an, ou 9 mois pour certains baux étudiants
- Bail mobilité : 1 à 10 mois, très encadré, pour des profils précis (étudiants, en mission pro…).
Une clause qui prévoit, par exemple, un bail vide de 1 an avec renouvellement au bon vouloir du bailleur est donc contraire à la loi. En pratique, on applique la durée légale minimale, même si le contrat prévoit moins.
Clauses limitant abusivement les motifs de résiliation par le locataire
Le locataire peut donner congé :
- à tout moment dans un bail vide ou meublé
- en respectant un préavis (1 ou 3 mois pour le vide selon la situation, 1 mois pour le meublé en général)
- sans avoir à se justifier, sauf pour bénéficier d’un préavis réduit.
Clauses abusives typiques :
- “Le locataire ne pourra donner congé qu’à l’issue de la première année de bail.”
- “Le locataire ne pourra donner congé qu’en cas de mutation professionnelle.”
Ces clauses sont en principe non écrites : le locataire garde son droit de partir en respectant le préavis légal.
Résiliation de plein droit pour un manquement mineur
Le contrat peut prévoir une clause résolutoire (résiliation automatique) pour certains motifs précis : impayés de loyer/charges, absence d’assurance, non-paiement du dépôt de garantie, non-respect sérieux d’une obligation contractuelle, sous réserve d’une procédure (mise en demeure, délai, décision de justice).
Mais restent abusives les clauses du type :
- “Le bail sera résilié de plein droit si le locataire ne respecte pas la date exacte de paiement du loyer, sans mise en demeure ni décision du juge.”
- “Le bail sera automatiquement résilié en cas de tapage nocturne constaté par le bailleur.”
En pratique, seul le juge peut prononcer l’expulsion. Toute clause qui court-circuite cette étape est contraire à l’ordre public.

Autres exemples de clauses abusives ou interdites
Renonciation par avance à certains droits du locataire
Certains bailleurs tentent d’insérer des renonciations anticipées :
- “Le locataire renonce par avance à invoquer la non-décence du logement.”
- “Le locataire renonce à tout recours devant le juge.”
- “Le locataire renonce à toute demande de préavis réduit.”
Ces clauses sont en général non écrites : un contrat ne peut pas priver à l’avance le locataire de protections légales d’ordre public.
Clause imposant des visites systématiques pour vente ou relocation
En fin de bail, le locataire doit permettre des visites dans des conditions raisonnables, mais certains baux abusent :
- “Le locataire devra laisser visiter le logement tous les jours ouvrables et le samedi de 9h à 19h.”
- “Le bailleur pourra faire visiter le logement sans prévenir le locataire.”
La loi et la jurisprudence privilégient un équilibre : plages horaires raisonnables, prévenance, respect de la vie privée. Un locataire n’est pas obligé d’accepter une invasion permanente chez lui.
Clauses discriminatoires ou contraires à l’ordre public
Tout ce qui repose sur le sexe, l’origine, la situation familiale, la religion, l’état de santé… est strictement interdit (Code pénal, loi antidiscrimination). Exemples :
- “Le logement est réservé à un couple sans enfant.”
- “Il est interdit de recevoir des personnes de telle nationalité ou de telle religion.”
Ces clauses sont nulles et peuvent en plus exposer le bailleur à des sanctions pénales. En cas de doute, un signalement peut être fait à Défenseur des droits ou à une association spécialisée.
Méthode concrète pour savoir si un bail contient une clause interdite
Méthode de lecture et de vérification des conditions particulières
Pour vérifier la conformité d’un bail d’habitation, une méthode efficace consiste à :
- Lire d’abord les conditions particulières (pages où sont notés le loyer, le dépôt, la durée, les clauses spécifiques), là où se cachent souvent les abus.
- Surligner tout ce qui parle d’argent supplémentaire : frais, pénalités, forfaits, travaux “à la charge du locataire”.
- Identifier les limites à l’usage du logement : hébergement de tiers, animaux, visites, activités, durée de présence.
- Repérer les clauses sur la résiliation : congé, préavis, clause résolutoire, cas de rupture anticipée.
Chaque fois qu’une phrase semble enlever un droit évident (recevoir des proches, choisir son assurance, vivre avec son conjoint, etc.), c’est un signal d’alerte.
Utiliser les modèles types conformes à la loi ALUR comme référence
Comparer son contrat à un modèle type officiel aide beaucoup. On trouve :
- des modèles conformes sur service-public.fr
- des modèles édités par l’ANIL/ADIL
- des baux proposés par de grands organismes (bailleurs sociaux, etc.).
Astuce pratique : imprimer le modèle officiel, le mettre à côté de son bail et entourer tout ce qui a été ajouté ou formulé différemment. C’est souvent là que se glissent les clauses abusives.
Faire relire le bail par un organisme ou un pro
En cas de doute, plusieurs options gratuites ou peu coûteuses existent :
- l’ADIL (Agence départementale d’information sur le logement) : renseignements juridiques neutres et gratuits
- une association de locataires ou de consommateurs
- un avocat spécialisé droit immobilier (consultation parfois gratuite pendant les permanences de justice)
- un notaire, si la location s’inscrit dans un contexte plus large (succession, investissement familial…).
Mieux vaut faire relire avant signature, mais même après, l’avis d’un tiers reste utile pour préparer une contestation ou une renégociation.
Que faire en cas de clause abusive ou interdite dans son bail ?
Informer le bailleur et demander la suppression ou la modification
Premier réflexe : jouer la carte du dialogue écrit (mail ou courrier recommandé). L’idée est de :
- citer précisément la clause problématique
- rappeler la règle légale (en joignant éventuellement un extrait de fiche service-public.fr)
- demander la mise à jour du bail ou s’engager à ne pas appliquer la clause.
Beaucoup de bailleurs ou d’agences utilisent encore de vieux modèles de bail sans mauvaise intention. Une demande argumentée suffit parfois à faire bouger les choses.
Exemple de lettre pour contester une clause abusive
Modèle à adapter à sa situation :
“Madame, Monsieur,
Après relecture du contrat de location signé le [date] pour le logement situé [adresse], il apparaît que la clause suivante pose difficulté : [reproduire la clause].
Or, cette clause semble contraire aux dispositions de la loi du 6 juillet 1989 et/ou aux informations figurant sur le site officiel service-public.fr (rubrique [préciser]).
Dans ces conditions, cette clause est réputée non écrite. Il est demandé qu’elle ne soit pas appliquée et que le bail soit, le cas échéant, rectifié en conséquence.
Dans l’attente de votre retour écrit,
[Nom, signature]”
Recours en cas de refus : conciliation, conciliateur de justice, juge
Si le bailleur refuse de reconnaître la clause abusive ou continue de l’appliquer, plusieurs étapes sont possibles :
- Conciliation amiable : via la commission départementale de conciliation (CDC) pour les litiges locatifs. C’est gratuit et souvent efficace.
- Conciliateur de justice : présent dans de nombreux tribunaux et mairies, il peut aider à trouver un accord écrit.
- Saisine du juge des contentieux de la protection (tribunal judiciaire) : pour faire constater que la clause est non écrite, obtenir éventuellement la restitution de sommes indûment perçues et, dans certains cas, des dommages-intérêts.
Attention : contester une clause abusive ne permet pas de cesser de payer le loyer de son propre chef. Tant qu’un juge n’a pas tranché, le risque d’impayé et de procédure d’expulsion reste réel.
FAQ – Clauses interdites dans un bail d’habitation
Une clause interdite rend-elle tout le bail nul ou seulement la clause ?
En règle générale, la présence d’une clause interdite ne fait pas tomber tout le bail. La clause est réputée non écrite, donc considérée comme si elle n’avait jamais existé, mais le contrat continue de s’appliquer pour le reste. Le juge peut décider d’écarter une clause et de la remplacer par la règle légale (par exemple pour la durée minimale, le montant maximal du dépôt de garantie, etc.) sans annuler la location elle-même.
Comment prouver le non-respect du bail par le propriétaire ?
Pour prouver qu’un bailleur applique une clause abusive ou ne respecte pas le bail, il faut :
- conserver le contrat signé (version papier ou scan)
- garder tous les échanges écrits (mails, lettres, SMS si possible sauvegardés)
- garder les quittances de loyer, appels de loyers ou décomptes de charges montrant les sommes facturées (frais de relance, pénalités, etc.)
- en cas de visite imposée, noter les dates, heures, et éventuellement faire des attestations de proches ou voisins.
Avec ces pièces, il sera plus simple de saisir la commission de conciliation ou le juge pour faire constater l’abus.
Peut-on ajouter une nouvelle clause en cours de bail et dans quelles conditions ?
Le bail ne peut pas être modifié unilatéralement en cours de route. Pour ajouter une clause (par exemple sur un équipement supplémentaire, un box de parking, un changement de mode de paiement), il faut :
- un accord écrit des deux parties (bailleur et locataire)
- une clause qui reste conforme à la loi et ne retire pas de droits légaux au locataire
- en principe, un avenant au bail signé par les deux.
Une clause abusive reste abusive, même si elle est ajoutée par avenant et signée. La signature ne vaut pas renonciation aux protections d’ordre public.
Quels risques encourt le bailleur en cas de bail non conforme à la loi ALUR ?
Un bail non conforme peut entraîner pour le bailleur :
- l’écartement de certaines clauses (non écrites) par le juge
- l’obligation de rembourser des sommes indûment perçues (frais illégaux, dépôt de garantie trop élevé ou non restitué, pénalités de retard, etc.)
- éventuellement des dommages-intérêts si le locataire démontre un préjudice
- dans des cas plus graves (discrimination, logement indécent, manœuvres trompeuses), des sanctions pénales ou administratives.
En général, les juges cherchent à rééquilibrer le contrat plutôt qu’à l’annuler, mais les conséquences financières peuvent être importantes pour le bailleur.
Un bail signé sur internet ou via une plateforme est-il plus risqué côté clauses abusives ?
Les baux “tout faits” téléchargés ou générés en ligne ne sont pas forcément à jour des dernières lois (ALUR, encadrement des loyers, réformes récentes). Le risque principal, ce sont les modèles anciens ou étrangers au droit français. Il est recommandé de :
- toujours comparer ce type de bail à un modèle officiel récent
- vérifier les points sensibles (dépôt, pénalités, charges, résiliation)
- faire relire par l’ADIL en cas de doute.
Peut-on refuser de signer un bail comportant des clauses manifestement abusives ?
Oui. Tant que le bail n’est pas signé, le locataire est libre de :
- refuser certaines clauses et demander leur modification
- négocier, par exemple en s’appuyant sur des fiches service-public.fr
- renoncer à louer si le propriétaire refuse toute adaptation.
C’est même la meilleure option pour éviter un conflit futur. Mieux vaut clarifier les choses avant les clés qu’après.
Est-ce que la présence d’une clause abusive permet de quitter le logement sans préavis ?
Non. La découverte d’une clause abusive ne permet pas au locataire de partir du jour au lendemain sans respecter le préavis légal. Elle donne le droit de :
- refuser d’appliquer la clause illicite (en en informant le bailleur)
- demander son retrait ou une correction du bail
- aller en justice si nécessaire.
Le congé du locataire reste encadré par la loi (délais de préavis, forme de la lettre, etc.).
Comment vérifier rapidement si le montant du dépôt de garantie est légal ?
Pour vérifier :
- regarder si le bail est un logement vide ou meublé de résidence principale
- vérifier le montant du loyer hors charges
- comparer le dépôt de garantie à ce loyer :
Si vide : le dépôt ne doit pas dépasser 1 mois de loyer hors charges. Si meublé : 2 mois hors charges. Si le bail prévoit plus, la partie au-dessus est illicite. Exemple : T2 vide loué 700 € HC, dépôt demandé 1 500 € = 800 € de trop potentiellement récupérables.
Un bail peut-il interdire formellement la sous-location ou Airbnb ?
Oui, un bail peut interdire la sous-location (y compris de type Airbnb) sans accord écrit du bailleur. C’est même la règle par défaut dans beaucoup de baux. En revanche, le bail ne peut pas interdire au locataire d’héberger gratuitement des proches ou amis, même plusieurs semaines, tant qu’il reste occupant principal et que ce n’est pas une sous-location déguisée.
Quiz express (1 minute) : bail conforme et clauses abusives
Cliquez sur chaque question, puis sur « Voir la réponse » pour vérifier.
Une clause impose au locataire l’entretien annuel obligatoire de la chaudière : que faire ?
A. C’est normal : le locataire doit en principe l’entretien courant et les petites réparations.
B. C’est interdit : c’est toujours au propriétaire.
C. C’est abusif uniquement si l’appareil est neuf.
Voir la réponse
Bonne réponse : A.
En location vide ou meublée, l’entretien courant et certaines menues réparations (dont l’entretien annuel d’une chaudière individuelle, selon le cas) relèvent en principe du locataire. Cela peut dépendre de l’équipement (collectif/individuel) et de l’origine de la panne.
Le bail dit que la caution (dépôt de garantie) sera rendue “dans un délai maximum de 3 mois” : est-ce conforme ?
A. Oui, le bail peut fixer librement le délai tant que c’est écrit.
B. Non : les délais légaux sont en général d’1 mois ou 2 mois selon l’état des lieux.
C. Oui, mais seulement en location meublée.
Voir la réponse
Bonne réponse : B.
En habitation principale, le dépôt de garantie se restitue en principe sous 1 mois si l’état des lieux de sortie est conforme à l’entrée, sinon 2 mois. Une clause qui allonge systématiquement ce délai peut être contestable.
Le bail interdit totalement d’héberger un proche “même gratuitement” : que penser de cette clause ?
A. C’est généralement abusif : héberger quelqu’un ponctuellement fait partie de la vie normale du logement.
B. C’est toujours valable : le propriétaire choisit qui entre dans le logement.
C. C’est valable seulement si le proche reste moins d’une semaine.
Voir la réponse
Bonne réponse : A.
Un locataire a le droit d’user paisiblement du logement, ce qui inclut en général le fait d’héberger un proche ponctuellement. En revanche, la sous-location et l’activité type “chambre payante” obéissent à des règles différentes.
Le bail prévoit des pénalités “de 20 € par jour” dès le premier jour de retard de loyer : est-ce un bon signe ?
A. Oui : c’est une clause standard obligatoire.
B. Non : une pénalité forfaitaire automatique peut être jugée abusive selon le contexte.
C. Oui, si le locataire a signé sans discuter.
Voir la réponse
Bonne réponse : B.
Des pénalités automatiques et disproportionnées peuvent être contestées, surtout si elles créent un fort déséquilibre au détriment du locataire. En cas d’impayé, il existe déjà des procédures et encadrements légaux.
Pour vérifier qu’un bail d’habitation est “conforme”, quel est le réflexe le plus fiable ?
A. Comparer uniquement au modèle fourni par l’agence.
B. Vérifier les mentions obligatoires et les annexes (DPE, état des lieux, etc.) et croiser avec une source officielle.
C. Se fier au fait que le bail a déjà servi à d’autres locataires.
Voir la réponse
Bonne réponse : B.
Le bon réflexe est de contrôler les mentions et annexes exigées et de vérifier les clauses “sensibles” (dépôt de garantie, charges, réparations, résiliation) avec une source officielle. En cas de doute, la page Service-Public.fr sur la location est une référence utile.






