En résumé
En cas de refus de paiement d’un garant, le bailleur doit vérifier la validité et les limites de la caution, puis suivre une procédure graduée (amiable → mise en demeure → juge → saisie) en agissant vite pour éviter la prescription.
- La caution ne paie que les dettes expressément prévues dans l’acte (loyers, charges, indemnité d’occupation, dégradations/frais si mentionnés).
- Caution solidaire : action directe possible contre le garant ; caution simple : le bailleur doit d’abord poursuivre le locataire.
- Le garant peut refuser légalement si l’acte est nul/irrégulier, expiré, hors champ, disproportionné ou si la dette est prescrite.
- Avant toute action, relire l’acte (identités, logement, solidarité, durée, plafond, signatures/mentions) car une erreur peut bloquer le recouvrement.
- Procédure recommandée : contact amiable avec décompte et preuves, puis mise en demeure en LRAR détaillée si échec.
- Recours judiciaires pour obtenir un titre exécutoire : injonction de payer (simple), assignation au fond (contestations) ou référé (urgence).
- Une fois le titre obtenu, saisies possibles via commissaire de justice (compte, salaire, biens) selon la solvabilité du garant.
- En bail d’habitation, la prescription est en principe de 3 ans par loyer/charge, mais peut être interrompue par certains actes.
- Résiliation/expulsion n’éteint pas forcément la caution : les dettes nées pendant la période couverte restent dues.
- Prévention : choisir un garant solvable, rédiger un acte conforme, respecter les règles de cumul (assurance/Visale) et réagir dès le premier impayé.
Un garant qui refuse de payer alors que le locataire ne règle plus ses loyers place le bailleur dans une situation délicate. Pourtant, si l’acte de cautionnement est valable et correctement rédigé, la loi offre des recours précis pour obtenir le règlement des dettes locatives.
L’objectif est double : sécuriser les chances de recouvrement tout en évitant les erreurs de procédure qui peuvent faire perdre des mois, voire rendre l’action contre le garant impossible. Ce guide détaille, pas à pas, les droits du bailleur, les limites de l’engagement du garant et la marche à suivre, du premier impayé jusqu’à une éventuelle saisie.
Garant qui refuse de payer : ce que dit la loi
Rôle du garant en cas de loyer impayé : définition et obligations
Dans un bail d’habitation, le « garant » est en réalité une caution. Il s’agit de la personne (physique ou morale) qui s’engage par écrit à payer les dettes locatives du locataire si celui-ci ne s’en acquitte pas. Cet engagement se matérialise par un acte de cautionnement, distinct du bail ou intégré à celui-ci mais dûment signé.
La caution peut être :
- une personne physique : parent, ami, conjoint, concubin, etc.
- une personne morale : entreprise, association, organisme de garantie, société spécialisée.
En cas de loyers impayés, le bailleur peut réclamer au garant le paiement de toutes les dettes locatives couvertes par l’acte de cautionnement : loyers, charges récupérables, indemnités d’occupation, dégradations, frais de procédure… sous réserve que ces éléments soient clairement prévus dans l’engagement.
Caution simple ou caution solidaire : quelles différences pour le bailleur ?
Tout l’enjeu du recours contre le garant tient souvent à la distinction entre caution simple et caution solidaire.
Avec une caution simple :
- le garant bénéficie du bénéfice de discussion : il peut exiger que le bailleur poursuive le locataire en premier et démontre son insolvabilité avant de s’attaquer à la caution
- en pratique, cela rallonge les délais et complique le recouvrement, car il faut engager une procédure préalable contre le locataire.
Avec une caution solidaire (formulation à privilégier) :
- le bailleur peut poursuivre directement la caution, sans avoir à démontrer qu’il a d’abord agi contre le locataire
- locataire et garant sont tenus au même niveau d’obligation : le bailleur choisit de s’adresser à l’un, à l’autre ou aux deux simultanément.
Dans les baux d’habitation, l’immense majorité des engagements de garantie se font sous forme de caution solidaire. En l’absence de mention claire de solidarité, le garant est présumé simple caution, ce qui réduit l’efficacité du recours du bailleur.
Dans quels cas le garant peut-il légalement refuser de payer ?
Le garant ne peut pas refuser de payer simplement parce que la situation l’ennuie ou qu’il est en désaccord avec le locataire. En revanche, son refus peut être juridiquement fondé dans plusieurs situations :
- acte de cautionnement nul ou irrégulier : absence de mentions obligatoires, défaut de signature, engagement disproportionné par rapport à ses revenus…
- engagement expiré : durée déterminée arrivée à terme, non-renouvellement, résiliation valable de la caution à durée indéterminée pour l’avenir
- dettes non couvertes : certaines sommes réclamées ne figurent pas dans l’étendue prévue (par exemple des dégradations ou frais de procédure non mentionnés)
- prescription : le délai légal pour réclamer les loyers impayés au garant est dépassé pour tout ou partie des sommes
- manquements du bailleur à certaines obligations légales d’information de la caution (cas des baux d’habitation soumis à la loi du 6 juillet 1989)
- irrégularités dans le bail rendant certaines dettes discutables (charges mal justifiées, clause abusive, etc.).
Autrement dit, un refus de payer du garant doit conduire à vérifier d’abord la régularité de l’engagement de caution avant de se lancer dans une procédure coûteuse.
Les limites de l’engagement du garant (durée, montant, type de dettes couvertes)
L’engagement du garant n’est jamais illimité. Il est encadré par :
- la durée : à durée déterminée (jusqu’à telle date ou tel terme de bail) ou à durée indéterminée
- le montant maximal : souvent indiqué dans l’acte (par exemple, « dans la limite de 24 000 € »)
- le type de dettes : loyers et charges seulement, ou aussi dégradations, indemnités d’occupation, frais de procédure…
Le bailleur ne peut exiger du garant que ce qui entre dans ces limites. Si le montant maximal ou la durée sont dépassés, la caution est partiellement ou totalement libérée pour l’excédent.
Pour les cautions personnes physiques, la loi protège contre les engagements manifestement disproportionnés par rapport aux revenus et au patrimoine. Dans ce cas, le juge peut déclarer l’engagement inopposable, en tout ou partie (article 2300 du Code civil et dispositions protectrices issues de la réforme du droit des sûretés).
Vérifier la validité de l’acte de cautionnement avant toute action
Mentions obligatoires d’une caution valable (forme, manuscrit, signature…)
Avant tout recours, il est indispensable de relire attentivement l’acte de cautionnement. Pour les baux d’habitation, la loi est particulièrement stricte, avec des exigences de forme renforcées pour les cautions personnes physiques.
Selon la date de signature et le régime applicable (loi du 6 juillet 1989, Code civil modifié), l’acte doit contenir notamment :
- l’identité complète du garant (nom, prénom, adresse, date et lieu de naissance, pour une personne physique)
- la désignation précise du locataire et du logement loué
- la reproduction ou le rappel clair des principales clauses du bail concernant le loyer, les charges, la durée
- la mention de la nature de l’engagement (simple ou solidaire), de sa durée (déterminée ou indéterminée) et de son étendue (dettes couvertes, plafond éventuel)
- la signature du garant, et, selon la date, parfois des mentions manuscrites spécifiques rappelant la portée de l’engagement.
Les règles exactes ont évolué dans le temps. En cas de doute sur la validité formelle d’une caution ancienne, un avis auprès d’un avocat ou d’une ADIL (Agence départementale d’information sur le logement) peut éviter une mauvaise surprise en cours de procédure.
Durée de l’engagement de la caution : à durée déterminée ou indéterminée
Deux grandes configurations existent :
- Caution à durée déterminée : l’acte précise un terme (par exemple « jusqu’au 31 août 2027 » ou « pour la durée du bail initial de 3 ans »). À l’expiration, le garant n’est plus tenu pour les dettes postérieures au terme, mais reste exposé pour les impayés nés pendant la période couverte.
- Caution à durée indéterminée : aucune date de fin n’est fixée. Le garant peut alors révoquer son engagement pour l’avenir, par lettre recommandée, mais reste tenu des dettes nées avant la révocation, dans la limite des délais de prescription.
En pratique, beaucoup d’actes mentionnent que la caution s’engage « pour la durée du bail initial et de ses renouvellements ou reconductions ». Cette formulation est admise, mais suppose que le bail ne soit pas substantiellement modifié (augmentation très importante du loyer, changement de type de bail, etc.) sans information de la caution.
Plafond de l’engagement et dettes couvertes (loyers, charges, dégradations…)
Certains actes de cautionnement précisent un montant maximal. Par exemple, un parent peut accepter de se porter garant « dans la limite de 18 000 € pour l’ensemble des dettes locatives ». Dans ce cas, le bailleur ne pourra pas réclamer davantage, même si les impayés dépassent ce plafond.
L’acte doit également préciser quelles dettes sont garanties :
- simplement les loyers et charges
- ou aussi les indemnités d’occupation après résiliation, les réparations locatives, les dégradations constatées dans l’état des lieux de sortie, les frais de justice et de recouvrement, etc.
À défaut de mention claire, les juges peuvent interpréter strictement l’engagement et exclure certaines catégories de dettes. Une action contre le garant doit donc s’appuyer sur un décompte détaillé distinguant les postes couverts et non couverts.
Cas de nullité ou de contestation fréquents d’un acte de cautionnement
En cas de refus de payer, les garants avancent souvent des moyens de défense récurrents, parfois fondés :
- mentions obligatoires manquantes ou incomplètes (particulièrement pour les cautions signées avant les dernières réformes)
- absence de signature de l’un des époux mariés sous un régime communautaire alors que l’engagement portait sur des biens communs (cas spécifiques selon la date et la jurisprudence applicable)
- caution manifestement disproportionnée aux revenus et au patrimoine de la personne physique au jour de la signature
- information annuelle ou sur incident de paiement non réalisée par le bailleur, lorsque la loi l’impose, entraînant parfois la déchéance des intérêts ou la limitation des sommes réclamables
- modification substantielle du bail (augmentation très forte du loyer, prolongation à des conditions nouvelles) sans accord de la caution, qui ne peut alors pas être tenue au-delà des conditions initiales.
Avant de lancer une assignation, il est prudent de vérifier ces points. Une procédure mal engagée sur un acte fragile expose à une perte de temps et de frais sans garantie de recouvrement.

Recours du bailleur quand le garant refuse de payer
Étape amiable : rappeler l’engagement du garant et tenter un accord
Même si le garant ne répond pas aux premières relances, une démarche amiable structurée reste souvent la première étape efficace :
- envoyer un courrier simple ou un courriel rappelant la situation d’impayé, avec un tableau des sommes dues (période, montant, nature des dettes)
- joindre une copie du bail et de l’acte de cautionnement
- proposer éventuellement un échelonnement réaliste si le montant est élevé nt être engagées.
Cette phase permet parfois au garant de mesurer concrètement le risque d’une action en justice et de préférer un règlement négocié. Il est recommandé de conserver toutes les preuves d’échanges (courriers, mails, SMS) pour démontrer au juge la bonne foi et la tentative de règlement amiable.
Envoyer une mise en demeure au garant (modèle et mentions clés)
Si la phase amiable échoue, la suite logique consiste à adresser au garant une mise en demeure, de préférence en lettre recommandée avec accusé de réception. Ce courrier doit être précis et complet.
La mise en demeure doit contenir notamment :
- l’identité du bailleur et celle du garant
- la référence du bail (adresse du logement, date de signature, identitaire)
- le rappel de l’engagement de caution (date de signature, simple ou solidaire, durée, référence à la clause de solidarité le cas échéant)
- le détail des sommes dues (mois impayés, montant du loyer, charges, pénalités éventuelles prévues au bail)
- un délai de paiement clair (par exemple 8 ou 15 jours)
- l’indication qu’en l’absence de réponse, une procédure judiciaire pourra être engagée à son encontre.
Pour les baux d’habitation soumis à la loi du 6 juillet 1989, il est souvent nécessaire d’adresser au garant une copie du commandement de payer ou de la mise en demeure envoyée au locataire, pour préserver le recours ultérieur. Les modèles officiels de lettres sont disponibles sur service-public.fr.
Engager une procédure judiciaire contre le garant défaillant
Si le garant ne réagit pas à la mise en demeure, le bailleur peut saisir le tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble (ou la juridiction compétente selon la nature du bail) pour obtenir sa condamnation au paiement.
Plusieurs voies sont possibles, à choisir avec l’aide d’un professionnel :
- injonction de payer : procédure écrite, rapide, sans audience initiale, adaptée lorsque la créance est liquide, certaine et non sérieusement contestable
- assignation au fond : procédure plus classique, avec audience, utile lorsque le garant conteste la validité de la caution ou le montant des sommes
- procédure de référé (en cas d’urgence et de créance non sérieusement contestable) pour obtenir des provisions.
Une fois une ordonnance d’injonction de payer devenue définitive ou un jugement exécutoire obtenu, le bailleur dispose d’un titre exécutoire permettant de pratiquer des saisies.
Saisie sur salaire, comptes bancaires, biens : ce que peut obtenir le bailleur
Avec un titre exécutoire, le bailleur peut confier le dossier à un commissaire de justice (ex-huissier) pour mettre en œuvre les voies d’exécution :
- saisie sur rémunérations : une partie du salaire est prélevée chaque mois dans le respect du barème légal
- saisie-attribution sur comptes bancaires : blocage des sommes disponibles sur les comptes du garant à la date de la saisie
- saisie-vente de biens mobiliers : en dernier recours, avec risques pratiques limités si le garant est peu solvable
- éventuelles inscriptions de sûretés sur des biens immobiliers si le cadre juridique le permet et si l’enjeu financier le justifie.
Les frais de commissaire de justice sont en partie récupérables auprès du débiteur, mais il reste presque toujours une avance à assumer par le bailleur. Un arbitrage coût/bénéfice est nécessaire, notamment si le garant est faiblement solvable.
Délais de prescription pour agir contre un garant en matière de loyers impayés
Les actions du bailleur contre le locataire et contre le garant sont encadrées par des délais de prescription qu’il est impératif de respecter. Pour les loyers et charges dans un bail d’habitation, le délai de prescription est en principe de 3 ans à compter de la date où chaque loyer est devenu exigible (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989).
Concrètement :
- un loyer exigible au 5 mars 2023 peut être réclamé au garant jusqu’au 5 mars 2026 (sous réserve d’interruptions de prescription : mise en demeure, assignation, etc.)
- passé ce délai, le garant peut opposer la prescription et refuser de régler ces sommes.
La prescription peut être interrompue par certains actes (assignation en justice, reconnaissance de dette, mesures d’exécution…). Les règles exactes varient selon le type de bail et la nature des dettes. Pour une vérification à jour, il est conseillé de consulter un professionnel du droit ou les fiches détaillées sur service-public.fr.
Procédure à suivre : du premier impayé à la saisie du garant
Dès le premier loyer impayé : réactions à avoir vis-à-vis du locataire
Dès le premier retard de paiement, il est risqué d’attendre « pour voir ». Le schéma recommandé :
- relance amiable rapide (téléphone, mail, courrier simple) pour vérifier s’il s’agit d’un simple oubli ou d’un incident ponctuel
- si aucune régularisation : courrier de rappel mentionnant le montant dû et le délai pour payer
- en cas de persistance de l’impayé (souvent à partir de deux loyers) : commandement de payer par commissaire de justice pour les baux soumis à la loi de 1989, étape obligatoire avant une procédure de résiliation et d’expulsion.
Ignorer plusieurs mois d’impayés fait courir un risque sérieux de prescription partielle et fragilise le recours futur contre le garant. Une réaction précoce est essentielle.
Quand et comment prévenir formellement le garant des impayés
Le garant doit être informé le plus tôt possible des premiers incidents de paiement. C’est à la fois une obligation de loyauté et, pour certains baux, une exigence légale pour pouvoir lui réclamer certaines sommes (intérêts, pénalités…).
Les bonnes pratiques :
- envoyer une copie des relances et éventuellement du commandement de payer au garant
- préciser dans un courrier spécifique la situation actuelle (nombre de loyers en retard, démarches en cours avec le locataire)
- l’inviter à prendre contact rapidement pour envisager un règlement ou un plan d’apurement, en rappelant la portée de son engagement.
Ce suivi précis limitera les contestations ultérieures du type : « le bailleur ne m’a jamais informé des impayés » ou « on m’a mis devant le fait accompli ». De plus, certaines sanctions légales peuvent tomber sur le bailleur qui n’a pas respecté ses obligations d’information.
Articulation entre action contre le locataire et action contre le garant
Le bailleur se demande souvent s’il doit agir d’abord contre le locataire ou d’abord contre le garant. La réponse dépend du type de caution :
- avec une caution simple : il est prudent d’engager d’abord des démarches sérieuses contre le locataire (mises en demeure, commandement de payer, éventuelle procédure) avant de se retourner contre le garant, qui pourra sinon invoquer le bénéfice de discussion
- avec une caution solidaire : le bailleur peut librement choisir la cible de son action (locataire, garant, ou les deux), en tenant compte de la solvabilité de chacun.
Dans la pratique, il est fréquent de mener les deux actions en parallèle : contre le locataire pour faire cesser les impayés et récupérer le logement si nécessaire, contre le garant pour sécuriser le recouvrement des sommes dues.
Faire intervenir un commissaire de justice : intérêt et coût
Le recours à un commissaire de justice présente plusieurs intérêts :
- signification officielle de commandements de payer et d’assignations, difficilement contestables
- rédaction et signification d’actes clairs au garant, qui prennent un caractère plus sérieux qu’un simple courrier
- mise en œuvre des mesures d’exécution forcée (saisies) une fois le titre exécutoire obtenu.
Les coûts varient selon les actes, mais une partie reste récupérable auprès du débiteur en cas de succès. Dans les dossiers importants (impayés de plusieurs milliers d’euros), cet investissement est généralement justifié, à condition de vérifier la solvabilité minimale du garant.
Résiliation du bail et expulsion : impact sur les droits contre le garant
La résiliation du bail (par clause résolutoire ou décision judiciaire) et l’expulsion du locataire n’éteignent pas automatiquement l’engagement de la caution. En principe :
- le garant reste tenu des dettes nées pendant la période couverte par l’acte (loyers, charges, indemnités d’occupation)
- lorsque l’acte prévoit explicitement la prise en charge des indemnités d’occupation après résiliation, le garant peut être condamné à les payer dans la limite du plafond et de la durée prévus.
En revanche, si l’acte limite l’engagement au seul « paiement des loyers et charges pendant la durée du bail initial », le garant pourrait contester sa responsabilité au-delà de cette période. L’analyse fine des termes de la caution est donc déterminante.
Cas particuliers : garant personne physique, organisme, entreprise
Garant personne physique (parent, ami…) : spécificités des recours
Lorsque le garant est un proche du locataire, plusieurs spécificités apparaissent :
- un risque plus élevé de disproportion de l’engagement par rapport aux revenus (par générosité ou pression familiale)
- des tensions relationnelles qui peuvent pousser le garant à contester la validité de la caution ou le montant réclamé
- la nécessité d’une rédaction très claire de l’acte pour éviter les malentendus (durée, montant maximal, dettes couvertes).
Les mêmes voies de recours s’appliquent (mise en demeure, injonction de payer, assignation), mais le bailleur doit s’attendre à des contestations plus fréquentes de type « on ne m’a pas tout expliqué » ou « je n’ai pas compris que c’était pour si longtemps ».
Garant personne morale (entreprise, association, société de caution)
Lorsqu’une personne morale se porte garante, l’avantage principal pour le bailleur est souvent la meilleure solvabilité. Toutefois, ces cautions sont en général plus structurées juridiquement et contestent plus facilement les demandes lorsqu’elles sont irrégulières.
Les points d’attention :
- vérifier la capacité de la personne morale à se porter caution (statuts, mandataire habilité à signer)
- contrôler la validité de la signature (pouvoir du signataire, tampon, etc.)
- conserver l’original ou une copie certifiée conforme de l’acte, souvent demandé en justice.
Le recours judiciaire suit les mêmes règles, mais les échanges peuvent être plus techniques. Un accompagnement par un avocat est recommandé pour des montants importants.
Garant professionnel type Garantme, Visale, Cautioneo : fonctionnement et délais
Les garanties professionnelles (Visale, Garantme, Cautioneo et autres) obéissent à leurs propres conditions générales. Il ne s’agit pas toujours, juridiquement, d’un simple cautionnement classique, mais parfois d’un contrat d’assurance ou de garantie autonome.
En général :
- le bailleur doit déclarer l’impayé dans un délai précis (souvent 30 jours) à compter du premier incident, sous peine de perdre tout ou partie de la couverture
- les organismes exigent des pièces justificatives (bail, état des lieux, avis d’échéance, relevé des paiements, commandement de payer, etc.)
- le remboursement intervient après instruction du dossier, sur la base des conditions contractuelles (plafond, durée de couverture, franchise éventuelle).
Pour Visale (dispositif d’Action Logement), les règles de fonctionnement sont détaillées sur le site officiel visale.fr. Chaque produit privé a ses propres spécificités, à consulter attentivement avant de compter dessus comme équivalent d’une caution classique.
Que faire si le garant est insolvable ou surendetté ?
Un garant insolvable ou en situation de surendettement limite fortement les chances de recouvrement, même avec une décision de justice en main. Quelques points importants :
- si le garant a déposé un dossier de surendettement auprès de la Banque de France et qu’un plan est en cours, les actions et saisies peuvent être gelées ou encadrées
- en cas de procédure de rétablissement personnel, certaines dettes peuvent être effacées, ce qui éteint le recours du bailleur
- lorsqu’il n’y a quasiment aucun actif ni revenu saisissable, l’action judiciaire peut devenir plus coûteuse que le montant susceptible d’être récupéré.
Avant de lancer une procédure lourde, un minimum d’enquête de solvabilité (emploi, situation patrimoniale apparente) permet d’éviter de mauvaises surprises. Le commissaire de justice peut également donner un avis pragmatique sur les chances de recouvrement.

Le garant a payé : quels recours contre le locataire ?
Principe de l’action subrogatoire : se retourner contre le locataire débiteur
Lorsqu’un garant paie à la place du locataire, il dispose en retour d’un recours contre ce dernier. C’est ce que l’on appelle la subrogation : la caution qui a payé prend la place du bailleur pour réclamer les sommes versées.
Concrètement, le garant peut demander au locataire :
- le remboursement intégral des loyers et charges qu’il a payés au bailleur
- éventuellement des intérêts et certains frais, selon les textes et les clauses applicables.
Le bailleur n’est pas directement concerné par ce recours, mais il est utile d’expliquer ce mécanisme au garant réticent : payer n’équivaut pas à un abandon de ses droits vis-à-vis du locataire.
Quels montants le garant peut-il réclamer au locataire ?
Le garant peut en principe réclamer au locataire :
- les sommes effectivement versées au bailleur (loyers, charges, indemnités d’occupation, frais de procédure mis à sa charge)
- les intérêts légaux sur ces sommes, selon les règles de subrogation
- éventuellement des dommages et intérêts en cas de faute particulière, à démontrer (par exemple manœuvres frauduleuses).
Le garant ne peut pas réclamer au locataire plus que ce qu’il a lui-même payé au bailleur, sauf cas exceptionnel prévu par la loi ou par un accord distinct entre garant et locataire.
Procédure amiable puis judiciaire pour le garant qui veut se faire rembourser
La démarche du garant vis-à-vis du locataire suit le même schéma que celle du bailleur :
- phase amiable : courrier de demande de remboursement, explications, proposition éventuelle d’échelonnement
- mise en demeure en recommandé AR en cas de silence ou de refus
- en dernier recours, injonction de payer ou assignation devant le tribunal compétent pour obtenir une condamnation.
Le garant doit évidemment conserver toutes les preuves de ce qu’il a payé : quittances émises par le bailleur, relevés bancaires, jugement ou protocole éventuel.
Délais de prescription et preuves à conserver pour le garant
Le recours du garant contre le locataire est également soumis à des délais de prescription. En pratique, il est conseillé d’agir rapidement après le paiement au bailleur, ou au moins d’envoyer une mise en demeure pour interrompre la prescription.
Les preuves essentielles à conserver sont :
- l’acte de cautionnement
- les justificatifs de paiement au bailleur
- les courriers échangés avec le locataire
- éventuels jugements ou protocoles d’accord.
Les règles exactes de prescription peuvent varier selon la nature de la créance et la date des faits. Pour un conseil précis, un avis juridique individualisé est recommandé.
Questions fréquentes sur le garant et les loyers impayés

Le garant peut-il refuser de payer si le bailleur n’a pas respecté ses obligations ?
Le garant peut opposer au bailleur les mêmes moyens de défense que le locataire. Par exemple, il peut contester :
- des charges locatives mal justifiées ou non récupérables
- des travaux de salubrité ou de sécurité non réalisés qui auraient justifié une réduction de loyer
- des clause manifestement abusives dans le bail.
En revanche, le non-respect par le bailleur de certaines obligations (ex : petits retards dans l’envoi des quittances) ne suffit pas, en soi, à libérer totalement le garant. Seuls des manquements significatifs et en lien avec la dette peuvent être invoqués. Chaque situation doit être analysée au cas par cas.
Le garant peut-il résilier ou limiter son engagement en cours de bail ?
Tout dépend de la durée prévue dans l’acte :
- si la caution est à durée déterminée, le garant ne peut en principe pas se désengager avant le terme, sauf accord exprès du bailleur
- si la caution est à durée indéterminée, le garant peut la révoquer pour l’avenir, mais reste tenu des dettes nées avant la révocation.
La possibilité de limiter l’engagement à un certain montant ou à certaines dettes doit être prévue dès l’origine dans l’acte. Une modification ultérieure n’est possible qu’avec l’accord écrit du bailleur et du garant.
Que faire si l’on est garant et que le locataire ne paie plus ?
Pour un garant, l’inaction est souvent la pire stratégie. Quelques réflexes utiles :
- demander au bailleur un état détaillé de la dette et copies des relances envoyées au locataire
- tenter de trouver un accord avec le bailleur (échelonnement, paiement partiel) pour éviter une procédure judiciaire plus coûteuse
- se retourner rapidement contre le locataire pour obtenir un remboursement ou au moins un plan d’apurement
- en cas de difficultés réelles de paiement, ne pas tarder à se renseigner sur les dispositifs de surendettement auprès de la Banque de France.
Un avis juridique personnalisé peut permettre au garant de vérifier la validité de son engagement et d’éviter certains abus.
Qui est sollicité en premier : le locataire, le garant ou l’assurance loyers impayés ?
En présence d’une assurance loyers impayés (GLI), beaucoup de contrats interdisent de demander une caution personne physique en plus (sauf cas particuliers, par exemple locataire étudiant). Le bailleur doit alors respecter le contrat d’assurance :
- déclarer l’impayé dans le délai prévu
- fournir les pièces demandées
- laisser ensuite l’assureur exercer ses droits de recours éventuels.
En l’absence d’assurance, ou lorsque le cumul est autorisé (Visale + assurance, ou caution autorisée par le contrat), le bailleur peut choisir de s’adresser d’abord au locataire, au garant, ou aux deux, en fonction de la solvabilité présumée de chacun. L’important est de respecter les délais de déclaration imposés par les contrats de garantie.

Prévenir les conflits : bien choisir et sécuriser le garant dès la signature du bail
Vérifier la solvabilité et la stabilité du garant avant de signer
La meilleure protection contre les difficultés est une sélection rigoureuse du garant. Avant de signer l’acte de cautionnement, il est utile de demander :
- les trois derniers bulletins de salaire ou justificatifs de revenus
- le dernier avis d’imposition
- un justificatif de domicile récent
- éventuellement un relevé de situation professionnelle (CDI, fonction publique, indépendant, etc.).
L’objectif n’est pas d’obtenir des informations intrusives, mais de vérifier que l’engagement n’est pas manifestement disproportionné et que le garant présente une stabilité financière minimale.
Rédiger un acte de cautionnement solide : clauses à prévoir
Un acte de cautionnement efficace doit être :
- clair : pas de formulations ambiguës sur la durée, le montant ou les dettes couvertes
- complet : mention de la solidarité (si souhaitée), de la durée (déterminée ou indéterminée), du plafond éventuel
- conforme aux exigences légales en vigueur au moment de la signature.
Des modèles sérieux peuvent être trouvés sur service-public.fr ou auprès des ADIL. Pour des enjeux importants (loyers élevés, locaux commerciaux), un acte rédigé par un professionnel du droit sécurise durablement la relation.
Cumul ou non : garant, assurance loyers impayés et Visale
La loi encadre parfois le cumul des garanties. Par exemple :
- pour un bail d’habitation soumis à la loi de 1989, il est souvent interdit de cumuler une assurance loyers impayés avec une caution personne physique, sauf exceptions (location à un étudiant ou un apprenti)
- Visale peut se combiner avec certains dispositifs, mais il convient d’en vérifier les conditions sur visale.fr.
Avant d’exiger à la fois une assurance, un garant et un dépôt de garantie élevé, il est indispensable de vérifier les règles spécifiques au type de bail et au contrat d’assurance, faute de quoi certaines garanties pourraient être jugées inopposables.
Bonnes pratiques de suivi des loyers pour réagir dès le premier impayé
Une gestion rigoureuse limite les risques de dérive :
- mettre en place un suivi mensuel précis des encaissements (tableau, logiciel, relevés)
- relancer systématiquement tout loyer non réglé dans les quelques jours suivant la date d’exigibilité
- conserver tous les échanges écrits avec le locataire et le garant
- ne pas hésiter à saisir rapidement un commissaire de justice ou un professionnel pour un conseil ciblé dès les premiers signes d’instabilité de paiement.
Un bailleur qui réagit tôt préserve ses droits contre le locataire et contre le garant et maximise ses chances de récupérer les loyers impayés.
Modèles et ressources pratiques
Modèle de lettre de mise en demeure au locataire pour loyer impayé
Contenu conseillé pour une mise en demeure au locataire :
- coordonnées complètes du bailleur et du locataire
- référence du bail et adresse du logement
- rappel des loyers et charges impayés, avec les périodes concernées
- mention explicite « mise en demeure de payer »
- délai précis pour régulariser (généralement 8 à 15 jours)
- indication des suites en cas de non-paiement : commandement de payer, saisine du juge, résiliation du bail.
Des modèles actualisés sont proposés sur service-public.fr et par les ADIL.
Modèle de mise en demeure adressée au garant qui refuse de payer
La mise en demeure au garant doit, en plus des éléments ci-dessus, rappeler :
- la qualité de caution du destinataire (simple ou solidaire)
- la date et les principales caractéristiques de l’acte de cautionnement
- le fondement juridique de la demande (clause du bail, référence à l’article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989, aux dispositions du Code civil sur le cautionnement, etc.)
- la copie des principaux justificatifs : bail, acte de cautionnement, décompte des loyers, relances faites au locataire.
Ce courrier prépare une éventuelle procédure judiciaire en montrant que le bailleur a agi de façon transparente et structurée.
Liste des pièces à réunir pour saisir le juge contre un garant
Pour saisir le juge, il faut réunir un dossier complet, comprenant notamment :
- copie intégrale du bail et de ses avenants éventuels
- copie intégrale de l’acte de cautionnement
- tableau détaillé des impayés (loyers, charges, indemnités, pénalités), avec dates d’exigibilité
- copies des quittances ou relevés pour les périodes réglées
- copies de toutes les relances et mises en demeure au locataire et au garant
- commandements de payer et éventuelles décisions de justice contre le locataire
- justificatifs de la résiliation du bail (si déjà intervenue) et de l’état des lieux de sortie.
Un dossier bien structuré augmente considérablement les chances d’obtenir rapidement un titre exécutoire.
Où se faire accompagner : ADIL, avocat, commissaire de justice, associations
Plusieurs interlocuteurs peuvent accompagner le bailleur :
- les ADIL (Agences départementales d’information sur le logement) : information juridique neutre et gratuite sur la location, le cautionnement, les procédures d’impayés
- un avocat spécialisé en droit immobilier ou en contentieux locatif : indispensable pour les dossiers importants ou complexes (grands montants, contestations de la validité de la caution, procédures de surendettement en face)
- un commissaire de justice : pour les commandements de payer, les assignations et l’exécution forcée
- certaines associations de propriétaires : guides pratiques, modèles de documents, retours d’expérience.
Les coordonnées et informations pratiques sont disponibles sur service-public.fr et sur les sites des ordres professionnels concernés (avocats, commissaires de justice).
FAQ sur le recours du bailleur contre le garant en cas de loyers impayés
Le bailleur peut-il poursuivre le garant sans avoir expulsé le locataire ?
Oui. L’action contre le garant n’est pas subordonnée à l’expulsion du locataire. En présence d’une caution solidaire, le bailleur peut réclamer au garant les loyers impayés tout en maintenant le bail, voire pendant la procédure de résiliation. Il n’est pas nécessaire d’attendre la libération du logement pour agir.
Le garant peut-il être poursuivi pour des dégradations du logement ?
Tout dépend de l’acte de cautionnement. Si l’engagement couvre expressément les « loyers, charges, réparations locatives et dégradations », le garant peut être tenu de payer les frais de remise en état, dans la limite du plafond éventuel. À défaut de mention, le juge peut considérer que seules les dettes locatives « classiques » (loyers et charges) sont garanties.
Que se passe-t-il si le bailleur a oublié d’informer le garant des impayés ?
En matière de bail d’habitation, certaines obligations d’information de la caution pèsent sur le bailleur. Leur non-respect peut entraîner des sanctions : limitation des intérêts réclamables, voire réduction du montant recouvrable. La portée exacte dépend de la date de signature de la caution, des textes applicables et de la jurisprudence. Il est donc fortement recommandé d’informer systématiquement le garant dès les premiers incidents.
Peut-on demander au garant de payer des pénalités de retard ou des intérêts ?
Oui, si ces pénalités sont prévues au bail et si l’acte de cautionnement couvre « toutes les dettes locatives » ou mentionne explicitement les intérêts et frais. En revanche, les juges peuvent réduire des pénalités jugées manifestement excessives, notamment pour les locataires d’habitation. Dans tous les cas, le bailleur doit respecter les plafonds légaux de taux d’intérêt.
Le décès du garant met-il fin à la garantie ?
Le décès du garant n’éteint pas automatiquement le cautionnement. En principe, la dette transmise aux héritiers reste due, sauf renonciation à la succession. Toutefois, les héritiers disposent de moyens de défense et peuvent accepter la succession sous bénéfice d’inventaire. Les règles sont complexes et nécessitent souvent un avis d’avocat.
Un nouveau bail signé avec le même locataire maintient-il automatiquement la caution ?
Non. La signature d’un nouveau bail peut être considérée comme une novation du contrat initial, libérant la caution si elle n’a pas expressément accepté de garantir ce nouveau bail. Il est donc prudent, en cas de changement substantiel (nouvelle durée, nouveau loyer, modification importante des conditions), de faire signer au garant un nouvel acte de cautionnement.
Le bailleur peut-il réclamer au garant les frais d’huissier et d’avocat ?
Les frais de procédure et de recouvrement peuvent être réclamés au garant s’ils sont :
- prévisibles et prévus par le bail ou l’acte de cautionnement
- ou mis à sa charge par une décision de justice (condamnation aux dépens, application de l’article 700 du Code de procédure civile).
À défaut, certains frais restent à la charge du bailleur. La rédaction initiale de l’acte peut largement sécuriser ce point.
Le bailleur peut-il négocier un accord partiel avec le garant sans perdre ses droits ?
Oui, un accord amiable (paiement partiel, étalement, remise de pénalités) est possible. Il est conseillé de le formaliser par écrit (protocole, reconnaissance de dette). En revanche, une quittance intégrale sans réserve peut empêcher de revenir ensuite réclamer un complément. Il convient donc de rédiger prudemment ces accords, idéalement avec l’aide d’un professionnel.
Quiz express (1 minute) — Garant et loyers impayés
Cliquez sur chaque question, puis sur « Voir la réponse » pour vérifier votre compréhension.






