En résumé
Le congé donné par un propriétaire est très encadré (motifs, délais, contenu et notification) et la moindre erreur peut le rendre nul, prolongeant le bail.
- Le bailleur ne peut donner congé qu’à l’échéance du bail et uniquement pour 3 motifs : reprise pour habiter, vente, ou motif légitime et sérieux.
- Les délais se calculent à la réception par le locataire : 6 mois en location vide, 3 mois en meublé, sinon le congé est reporté à l’échéance suivante.
- Le congé doit être écrit, mentionner les informations essentielles (parties, logement, échéance, préavis) et un motif précis, sinon il est contestable.
- Il n’est valable que s’il est notifié par LRAR, acte de commissaire de justice ou remise en main propre contre signature (mail/SMS/lettre simple insuffisants).
- En cas de reprise, le bénéficiaire doit être autorisé et l’occupation doit être réelle, sous peine de congé frauduleux et de dommages-intérêts.
- En cas de vente (logement vide), le congé vaut offre de vente au locataire avec prix et conditions, et un changement plus favorable au profit d’un tiers peut être contesté.
- Pour un motif légitime et sérieux, le bailleur doit prouver les manquements (impayés, troubles, dégradations, défaut d’assurance, sous-location illégale…), sinon le juge peut annuler le congé.
- Le locataire peut partir pendant le préavis (loyers dus jusqu’à la remise des clés) et toute expulsion nécessite une décision du juge.
- Certains locataires (notamment âgés et modestes en location vide) peuvent être protégés, avec obligation de relogement dans certains cas.
Quand un propriétaire veut mettre fin au bail, ce n’est pas “quand il veut, comme il veut”. Le congé donné par le bailleur est ultra encadré : motifs limités, délais stricts, formalisme précis. Si une règle n’est pas respectée, le congé peut être purement et simplement nul… et le bail continue.
L’objectif ici : permettre à chaque locataire de décoder un congé reçu (ou redouté), vérifier s’il est légal et savoir comment réagir. Motifs autorisés, délais de préavis, contenu de la lettre, protections particulières, recours possibles : tout est passé au crible, version claire et pratico-pratique.
Principes de base du congé donné par le propriétaire
Les trois motifs légaux de congé prévus par la loi
Pour un bail d’habitation soumis à la loi du 6 juillet 1989 (logement vide ou meublé loué comme résidence principale), le propriétaire ne peut donner congé qu’à l’échéance du bail et uniquement pour l’un de ces trois motifs :
- Reprise pour habiter : le propriétaire veut reprendre le logement pour y habiter lui-même ou y loger un proche autorisé par la loi.
- Vente du logement : le propriétaire veut vendre le bien. Selon le cas, le logement est vendu libre (locataire doit partir) ou occupé (locataire reste).
- Motif légitime et sérieux : le locataire ne respecte pas ses obligations (impayés, troubles, dégradations, défaut d’assurance, etc.).
Un congé sans motif, avec un motif flou (“projet personnel”) ou qui n’entre pas dans ces trois cases est en principe nul. Le cadre légal principal : loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, notamment l’article 15.
Logement vide et logement meublé : ce qui change pour le congé
La base reste la même (trois motifs légaux), mais certaines règles diffèrent :
- Location vide (loi de 1989, bail classique 3 ans ou 6 ans) :
- Durée du bail : en général 3 ans (bailleur personne physique) ou 6 ans (bailleur personne morale).
- Délai de préavis du bailleur : 6 mois avant la fin du bail.
- Location meublée (loi de 1989, bail d’un an ou 9 mois étudiant) :
- Durée du bail : en général 1 an (ou 9 mois pour un étudiant).
- Délai de préavis du bailleur : 3 mois avant la fin du bail.
Le type de bail ne change pas les motifs autorisés, mais impacte directement le calendrier du congé.
Différence entre congé, non-renouvellement du bail et résiliation
Dans le langage courant, tout finit par être appelé “rupture du bail”, mais juridiquement, ce n’est pas du tout la même chose :
- Congé à l’échéance : le bailleur (ou le locataire) informe qu’il ne veut pas renouveler le bail à sa date de fin, en respectant le préavis. C’est ce dont il est question ici.
- Non-renouvellement : c’est l’effet du congé donné dans les règles. Sans congé, le bail se poursuit automatiquement (reconduction tacite).
- Résiliation :
- Soit à l’initiative du locataire en cours de bail, avec son propre préavis (généralement 1 ou 3 mois selon les cas).
- Soit par décision de justice (résiliation judiciaire) ou via une clause résolutoire activée pour impayés, défaut d’assurance, troubles graves, etc.
Quand un propriétaire envoie un “congé” en plein milieu du bail sans procédure judiciaire ni clause résolutoire, l’effet est très limité : le bail continue, le locataire n’est pas obligé de partir.
Délais de préavis du congé donné par le bailleur
Délai légal de préavis : règle générale
Le propriétaire doit respecter un délai minimum entre la réception effective du congé par le locataire et la fin du bail :
- 6 mois avant la fin du bail pour une location vide.
- 3 mois avant la fin du bail pour une location meublée.
La date qui compte est la date de réception du congé par le locataire, pas celle d’envoi. Si le congé arrive trop tard, il est valable… mais pour l’échéance suivante (donc le bail est reconduit).
Préavis pour un logement loué vide
Pour les locations vides soumises à la loi de 1989 :
- Bailleur personne physique (particulier) : bail de 3 ans, renouvelable.
- Bailleur personne morale (société, SCI, etc.) : bail de 6 ans, renouvelable.
- Délai de préavis du bailleur : 6 mois.
Exemple concret : bail vide signé le 1er septembre 2023, fin de la première période le 31 août 2026. Pour donner congé à cette date, le propriétaire doit faire en sorte que le locataire reçoive le congé au plus tard le 29 février 2026.
Si le congé arrive le 5 mars 2026, il sera en principe valable… pour le 31 août 2029 (prochaine échéance triennale), sauf situation particulière.
Préavis pour un logement loué meublé
Pour les locations meublées résidence principale :
- Durée du bail : 1 an (ou 9 mois pour un étudiant).
- Délai de préavis du bailleur : 3 mois.
Exemple : bail meublé du 1er octobre 2023 au 30 septembre 2024. Le congé du bailleur doit être reçu au plus tard le 30 juin 2024. À défaut, le bail repart pour un an (jusqu’au 30 septembre 2025).
Situations particulières : premier renouvellement, bailleur personne morale, logement en zone tendue
Quelques points à garder en tête :
- Premier renouvellement : pour un bail vide, le propriétaire ne peut pas “raccourcir” la durée légale de 3 ou 6 ans. Le congé n’est valable qu’à l’échéance prévue au bail, même pour la première période.
- Bailleur personne morale : la durée du bail vide passe à 6 ans, mais le préavis pour donner congé reste 6 mois, pas plus.
- Zone tendue : la notion de “zone tendue” impacte surtout le congé donné par le locataire (préavis réduit à un mois). Pour le bailleur, les délais de 3 ou 6 mois restent la règle de base.
En présence d’un régime spécial (logement social, convention Anah, loi de 1948, bail mobilité, etc.), les règles peuvent être différentes. Vérification indispensable sur service-public.fr ou auprès d’une ADIL locale.

Mentions obligatoires dans le congé donné par le propriétaire
Les informations de base qui doivent absolument figurer
Pour être valable, un congé doit être écrit et contenir au minimum :
- L’identité complète du bailleur (ou de son représentant) : nom, prénom ou raison sociale, adresse.
- L’identité du ou des locataires : tous les titulaires du bail (époux, partenaires, colocataires signataires).
- La désignation précise du logement : adresse complète, éventuel numéro de lot ou appartement.
- La date d’échéance du bail : jour de fin du bail ou de la période en cours.
- Le délai de préavis rappelé (3 ou 6 mois selon le type de bail).
Motivation du congé : reprise, vente ou motif légitime et sérieux
La lettre doit obligatoirement préciser le motif exact du congé :
- Reprise pour habiter : indiquer qu’il s’agit d’un congé pour reprise, mentionner l’identité du bénéficiaire de la reprise et la destination (résidence principale).
- Vente : indiquer qu’il s’agit d’un congé pour vendre, avec les principales conditions de la vente (prix, description du bien, conditions spécifiques). Pour un logement vide, ça vaut offre de vente au profit du locataire.
- Motif légitime et sérieux : décrire précisément le comportement reproché (impayés, dégradations, troubles, etc.), avec dates et éléments concrets si possible.
Un motif vague (“je veux récupérer le logement”, “je veux vendre plus tard”) ouvre la porte à une contestation.
Pièces justificatives à joindre selon le motif invoqué
La loi impose surtout le contenu de la lettre, mais en pratique les pièces jointes sont clés pour sécuriser la situation :
- Congé pour reprise :
- Preuve du lien avec le bénéficiaire (livret de famille, PACS, etc.) si ce n’est pas le bailleur lui-même.
- Éventuelle précision sur la situation (mutation professionnelle, retour en France, etc.) – pas obligatoire mais utile en cas de litige.
- Congé pour vendre :
- Description détaillée du bien (surface, annexes, parking, cave…).
- Prix de vente et conditions (paiement comptant, condition suspensive de prêt classique, etc.).
- Idéalement copie de diagnostics ou rappel de leur existence.
- Motif légitime et sérieux :
- Impayés : historique des loyers, relances, mise(s) en demeure, éventuel commandement de payer.
- Troubles / dégradations : courriers du syndic, plaintes des voisins, constats d’huissier, photos datées.
- Défaut d’assurance : mises en demeure de fournir l’attestation, réponse du locataire ou silence.
Ces pièces ne sont pas toutes légalement obligatoires, mais sans elles, le propriétaire est plus exposé en cas de contestation.
Erreurs fréquentes qui peuvent rendre le congé nul
Côté locataire, certains signaux doivent tout de suite alerter :
- Congé sans motif précis ou avec un motif hors des trois prévus.
- Congé envoyé hors échéance (en cours de bail) sans procédure judiciaire ni clause résolutoire.
- Préavis non respecté : congé reçu trop tard par rapport à la fin du bail.
- Congé adressé à un seul des locataires alors que plusieurs sont signataires.
- Mauvaise qualification du bail (meublé vs vide) entraînant un préavis erroné.
- Absence d’offre de vente précise en cas de congé pour vendre alors que le logement est vide.
En cas de doute, consultation utile des fiches officielles sur service-public.fr et contact possible avec une ADIL.
Formalités pour notifier le congé au locataire
Canaux acceptés pour un congé donné par le propriétaire
La loi impose un formalisme précis. Le congé doit être notifié au locataire par l’un des moyens suivants :
- Lettre recommandée avec demande d’avis de réception (LRAR).
- Acte d’huissier (acte de commissaire de justice).
- Remise en main propre contre émargement ou récépissé signé par le locataire.
Un simple mail, SMS, lettre simple ou message sur une appli ne suffit pas à produire un congé valable.
Comparaison des différents modes de notification
- LRAR :
- Solution la plus utilisée.
- La date de première présentation par La Poste compte comme date de réception, même si le pli n’est pas retiré.
- Acte d’huissier :
- Plus cher mais extrêmement sécurisé juridiquement.
- Pas de débat sur la réception : l’acte fait foi.
- Remise en main propre :
- Valable seulement si le locataire signe un récépissé ou un exemplaire de la lettre daté.
- À défaut de signature, aucune preuve sérieuse de réception.
Point de départ du délai de préavis : réception ou envoi ?
Le délai de préavis court à compter de la réception effective du congé par le locataire. En pratique :
- LRAR : date de première présentation par La Poste.
- Acte d’huissier : date de signification.
- Remise en main propre : date portée sur le récépissé signé.
Conséquence importante : si le propriétaire poste un recommandé trop tard, même de bonne foi, le délai peut ne plus être respecté et le congé devenir inopérant pour l’échéance visée.
Preuve de la notification : comment le bailleur se protège (et ce que le locataire doit vérifier)
Pour que le congé soit opposable, le propriétaire doit pouvoir prouver :
- Le contenu du congé (copie de la lettre).
- La date de réception par le locataire (AR signé, preuve de signification, récépissé daté).
Côté locataire, réflexe utile :
- Conserver l’enveloppe du recommandé (pour la date de présentation).
- Garder une copie de la lettre reçue.
- Noter immédiatement la date réelle de réception pour recalculer le préavis.
Règles spécifiques du congé pour reprise du logement
Conditions à respecter pour un congé pour reprise valable
Pour être valable, un congé pour reprise doit remplir plusieurs conditions cumulatives :
- Intervenir à l’échéance du bail (pas en cours de bail, sauf procédure judiciaire distincte).
- Respecter le préavis légal (3 ou 6 mois selon le type de bail).
- Prévoir une occupation réelle et sérieuse du logement à titre de résidence principale par le bénéficiaire.
- Indiquer clairement l’identité du bénéficiaire et le lien avec le bailleur.
Le bénéficiaire doit effectivement occuper le logement après le départ du locataire. Sinon, le congé peut être considéré comme frauduleux.
Qui peut bénéficier d’un congé pour reprise ?
Le bénéficiaire de la reprise peut être :
- Le propriétaire lui-même.
- Son conjoint marié.
- Son partenaire de PACS.
- Son concubin notoire.
- Ses ascendants ou descendants.
- Les ascendants ou descendants de son conjoint, partenaire de PACS ou concubin notoire.
En dehors de ce cercle, un congé pour reprise n’est en principe pas recevable. Exemple : reprise pour loger un cousin éloigné = très contestable.
Délai accordé au locataire pour contester un congé pour reprise
Le locataire peut contester le congé devant le tribunal judiciaire (ex-tribunal d’instance). Le délai n’est pas toujours fixé noir sur blanc dans la lettre, mais en pratique :
- Idéalement, agir avant la fin du bail ou peu après, dès que les doutes existent.
- Au-delà de quelques années, la contestation devient difficile, surtout si le bien a déjà été réoccupé ou vendu.
Pour sécuriser la démarche, un conseil personnalisé via un avocat ou une ADIL est souvent utile.
Reprise et interdiction de relouer immédiatement
Un bailleur qui délivre un congé pour reprise s’engage à ce que le bénéficiaire occupe le logement comme résidence principale. Si le logement est reloué ou laissé vide sans raison sérieuse, le congé peut être jugé frauduleux.
En pratique, les juges regardent :
- La réalité de l’installation (changement d’adresse, factures, assurance habitation, etc.).
- La durée d’occupation effective.
- L’écart avec la situation annoncée dans le congé.
Jurisprudence récente : congés pour reprise abusifs ou frauduleux
Les tribunaux sanctionnent régulièrement :
- Les congés pour reprise suivis d’une relocation rapide plus chère.
- Les congés pour loger un proche qui n’emménage jamais ou très brièvement.
- Les congés pour reprise masquant en réalité un projet de location touristique type Airbnb.
Dans ces cas, les juges peuvent accorder des dommages-intérêts au locataire et, dans des cas extrêmes, envisager une réintégration. D’où l’intérêt pour le locataire de garder des preuves (annonces de location, occupation réelle des lieux, etc.).

Spécificités du congé pour vente du logement
Principe de base du congé pour vente
Le propriétaire peut donner congé pour vendre à l’échéance du bail uniquement. Le congé vaut, pour un logement vide, offre de vente au profit du locataire.
Le congé doit :
- Respecter le préavis légal.
- Indiquer clairement qu’il s’agit d’un congé pour vendre.
- Préciser le prix et les conditions de la vente.
Droit de préemption du locataire : comment ça se passe concrètement
Pour un logement vide, le locataire a un droit de priorité pour acheter :
- Le congé vaut offre de vente.
- Le locataire dispose d’un délai légal pour répondre (la durée dépend de la nature du bien et des textes en vigueur – à vérifier sur service-public.fr).
- Silence = refus. Le propriétaire peut alors vendre à un tiers, mais pas à des conditions plus avantageuses (prix plus bas, par exemple) sans reproposer au locataire.
Si le propriétaire vend finalement à des conditions plus favorables à un tiers sans repasser par le locataire, la vente peut être contestée et le locataire peut, dans certains cas, demander à se substituer à l’acheteur.
Effets du congé pour vente sur le préavis du locataire
Quand le bailleur donne congé pour vendre :
- Le locataire peut quitter le logement à tout moment pendant le préavis, sans être obligé de payer jusqu’à la fin si le départ est anticipé.
- Le loyer et les charges restent dus jusqu’à la remise effective des clés.
Le congé ne bloque pas le droit du locataire à partir plus tôt avec son propre préavis (pour un nouveau logement), mais il offre déjà une “sortie” programmée.
Vente occupée ou libre : ce que ça change pour le locataire
Deux scénarios :
- Vente libre (congé pour vente donné) :
- Le locataire doit quitter les lieux à la fin du bail.
- Le bien est vendu sans locataire en place.
- Vente occupée (pas de congé ou congé nul) :
- Le locataire reste, le bail continue avec le nouveau propriétaire.
- Le nouveau bailleur doit respecter les conditions du bail en cours.
Recevoir un avis de mise en vente n’est donc pas la même chose que recevoir un congé pour vendre. En cas de doute, vérifier que la lettre remplit bien toutes les conditions d’un congé légal.
Congé pour motif légitime et sérieux : manquements du locataire
Exemples de motifs légitimes et sérieux
La loi ne donne pas une liste exhaustive mais quelques repères. Sont souvent reconnus comme motifs légitimes et sérieux :
- Impayés récurrents de loyers ou de charges.
- Retards répétés de paiement, même si au final tout est payé, quand cela perturbe gravement la relation contractuelle.
- Troubles du voisinage importants et répétés.
- Dégradations importantes du logement ou des parties communes.
- Absence d’assurance habitation malgré les relances.
- Changements non autorisés (sous-location illégale, transformation lourde du bien, usage non conforme – par exemple activité commerciale interdite).
Impayés, clause résolutoire et congé : comment ça s’articule
En cas d’impayés, deux voies principales existent :
- Activation de la clause résolutoire :
- Le bail contient souvent une clause prévoyant la résiliation automatique en cas d’impayés.
- Un commandement de payer est délivré par huissier.
- Si la dette n’est pas régularisée dans le délai légal, le bailleur peut saisir le juge pour constater la résiliation et demander l’expulsion.
- Congé pour motif légitime et sérieux :
- Donné à l’échéance du bail.
- Permet de ne pas renouveler en raison du comportement du locataire, même si une partie des dettes a été réglée.
Résiliation et congé sont donc deux mécanismes différents, même s’ils peuvent se croiser en pratique.
Troubles du voisinage, dégradations, défaut d’assurance : cas concrets
Quelques exemples de situations où un congé pour motif légitime et sérieux a déjà été admis :
- Soirées bruyantes et disputes violentes à répétition, avec plaintes de plusieurs voisins et interventions de la police.
- Dégradations visibles de l’appartement (portes arrachées, murs tagués, sanitaires cassés), constatées par huissier.
- Changement de serrure bloquant l’accès aux intervenants (syndic, artisans) malgré mises en demeure.
- Absence persistante d’assurance habitation alors que le locataire est relancé depuis des mois.
Le point clé, pour le juge : les troubles doivent être réguliers, importants et prouvés.
Procédure pour un congé pour motif légitime et sérieux
Côté propriétaire, la démarche classique :
- Documenter les manquements (courriers, mails, mises en demeure, plaintes, constats…).
- Attendre l’échéance du bail.
- Envoyer un congé motivé en bonne et due forme (LRAR ou huissier) dans le délai de préavis.
Côté locataire, réflexes utiles :
- Contester rapidement si les faits sont exagérés ou inexacts.
- Réunir des éléments (témoignages, échanges, preuves de paiements, attestations) pour démontrer la bonne foi.
- Envisager une contestation devant le tribunal si la situation le justifie.
Charge de la preuve et risques de contestation judiciaire
La charge de la preuve pèse sur le bailleur : c’est à lui de montrer que le motif est réel et sérieux. S’il ne peut pas prouver les manquements, le congé risque d’être invalidé.
En cas de contestation, le juge peut :
- Valider le congé et constater la fin du bail.
- Annuler le congé, ce qui implique en principe la reconduction du bail.
- Accorder éventuellement des dommages-intérêts au locataire si le congé est jugé abusif.

Droits du locataire après un congé donné par le propriétaire
Obligation ou non de respecter un préavis côté locataire
Quand le propriétaire donne congé, le locataire n’a pas à donner, lui, un nouveau préavis pour partir à la date fixée. La date de fin de bail est déjà fixée par le congé.
En revanche :
- Si le locataire part avant la fin du préavis du bailleur, il doit prévenir (de préférence par écrit) et le loyer reste dû jusqu’à la remise des clés.
- Si le locataire reste après la date de fin du bail, le propriétaire doit saisir le juge pour obtenir son expulsion : aucun départ forcé sans décision de justice.
Départ anticipé pendant le préavis donné par le bailleur
Une fois le congé reçu, le locataire peut quitter le logement à tout moment sans devoir payer jusqu’à la fin du bail, à condition de :
- Remettre les clés (avec état des lieux de sortie idéalement).
- Payer loyers et charges jusqu’à cette date effective de départ.
Dans la vraie vie, beaucoup de litiges naissent d’un manque de traçabilité : tout consigner par écrit (mail, LRAR) reste la solution la plus safe.
Recours du locataire : contestation du congé et juridiction compétente
En cas de doute sur la régularité du congé (motif, délai, forme), plusieurs options :
- Demander des explications au bailleur par écrit (mail ou LRAR).
- Prendre rendez-vous avec une ADIL (service gratuit) pour un décryptage juridique.
- Si nécessaire, saisir le tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble.
Le délai pour agir n’est pas toujours rigidement fixé, mais attendre trop longtemps complique sérieusement la contestation. Mieux vaut réagir pendant le préavis ou juste après.
Protection renforcée de certains locataires (âge, ressources, handicap, etc.)
La loi prévoit une protection spécifique pour certains locataires en location vide :
- Âge d’au moins 65 ans à la date d’échéance du bail (seuil pouvant évoluer : vérification à faire sur service-public.fr).
- Ressources inférieures à certains plafonds (en lien avec les plafonds de logements sociaux).
Dans ces cas, le bailleur ne peut donner congé (pour reprise ou vente) que s’il propose un relogement adapté au locataire, dans un périmètre géographique donné et à un loyer compatible.
Cette protection ne s’applique pas si le bailleur lui-même est âgé ou a des ressources limitées, sous certaines conditions définies par la loi. Les détails sont à vérifier régulièrement sur les textes officiels, car les seuils et conditions peuvent évoluer.

Situations à risque et cas pratiques autour du congé bailleur
Checklist rapide en cas de non-renouvellement du bail par le propriétaire
Lorsqu’un locataire reçoit un congé, quelques questions simples permettent un premier tri :
- La lettre est-elle arrivée dans les temps (3 ou 6 mois avant l’échéance) ?
- Le motif est-il clairement indiqué (reprise, vente, motif légitime et sérieux) ?
- Le type de bail (vide ou meublé) est-il cohérent avec la durée du préavis ?
- Tous les co-titulaires du bail ont-ils reçu le congé ?
- Des pièces ou détails permettent-ils de vérifier le sérieux du motif (identité du bénéficiaire, prix de vente, etc.) ?
Congé bailleur et relocation rapide du logement
Beaucoup de suspicions naissent quand, après un congé pour reprise, le logement est rapidement remis en location plus chère ou en location saisonnière. Pour le locataire, réflexes utiles :
- Surveiller les annonces en ligne après son départ.
- Conserver toute trace (captures d’écran, photos) montrant la nouvelle occupation.
- En cas de doute sérieux sur un congé frauduleux, envisager une action en justice avec demande de dommages-intérêts.
Si le locataire refuse de partir à l’issue du préavis
Un congé valable ne donne jamais au propriétaire le droit de changer la serrure ou d’expulser manu militari. Si le locataire reste :
- Le bailleur doit saisir le tribunal judiciaire.
- Si le juge ordonne l’expulsion, un huissier se charge de la procédure.
- La trêve hivernale (en général du 1er novembre au 31 mars, dates à vérifier chaque année) bloque les expulsions, sauf exceptions.
Côté locataire, même en difficulté, il vaut mieux anticiper (contacter un travailleur social, se renseigner sur le DALO, voir la CAF, etc.) plutôt que d’attendre l’huissier.
Exemples d’annulation de congé par les tribunaux
Les juges ont déjà annulé des congés dans des cas variés :
- Congé envoyé hors délai (réception trop tardive par le locataire).
- Motif de reprise non respecté (le logement a finalement été reloué à un tiers).
- Non-respect de la protection d’un locataire âgé et à faibles ressources sans offre de relogement.
- Congé pour vente sans indication claire du prix ni des conditions de vente.
Résultat concret : bail considéré comme reconduit, locataire maintenu dans les lieux, parfois indemnisé.
Modèles de lettres et bonnes pratiques pour sécuriser le congé (côté locataire)
Exemples de formulation de lettres côté bailleur (pour que le locataire sache quoi vérifier)
Quelques formulations typiques que l’on retrouve dans les congés réguliers :
- Pour reprise : “Ce congé est donné pour reprise du logement au profit de Mme X, ma fille, qui y établira sa résidence principale à compter de la fin du bail.”
- Pour vente : “Ce congé est donné pour vente du logement. Le prix de vente est fixé à XXX € et les principales conditions sont les suivantes : …”
- Pour motif légitime et sérieux : “Ce congé est motivé par le non-respect de vos obligations de locataire, et notamment des impayés de loyers pour les mois de … malgré nos mises en demeure des dates suivantes : …”
Si la lettre reçue est très éloignée de ce type de formalisme, une vérification juridique approfondie vaut clairement le coup.
Coordination entre congé, état des lieux et dépôt de garantie
Le congé ne fait pas “sauter” les règles classiques de fin de bail :
- État des lieux de sortie à organiser avec le bailleur.
- Remise des clés à la date convenue (avec preuve écrite).
- Dépôt de garantie à restituer dans les délais légaux (1 ou 2 mois selon qu’il y a des retenues ou non).
Le locataire garde le droit de contester les retenues abusives, même si le bail a pris fin sur congé bailleur.
Limiter les litiges : réflexes écrits et accompagnements utiles
Pour limiter la galère et les mauvaises surprises :
- Exiger ou conserver toute communication par écrit (LRAR, mails).
- Ne jamais signer un document (quittance, protocole, “accord”) sans l’avoir bien lu et, si besoin, fait vérifier.
- En cas de tension, contacter :
- Une ADIL (conseil gratuit et neutre).
- Un avocat spécialisé en droit immobilier pour les cas complexes ou déjà contentieux.
- Éventuellement une association de locataires.
Questions fréquentes sur le congé donné par le bailleur
Un propriétaire peut-il donner congé quand il veut, sans attendre la fin du bail ?
Non, sauf procédure judiciaire ou activation d’une clause résolutoire, le propriétaire ne peut en principe donner congé qu’à l’échéance du bail (fin de la période de 1 an, 3 ans, 6 ans, etc.). Un congé donné “au milieu” du bail sans base légale n’oblige pas le locataire à partir. En cas de doute, un coup d’œil aux fiches officielles de service-public.fr permet de vérifier le régime applicable.
Que faire si le congé du bailleur ne mentionne aucun motif ?
Un congé du bailleur sans motif est en principe nul pour un bail soumis à la loi de 1989. Le bail est alors considéré comme reconduit. Le locataire peut :
- Signaler par écrit au bailleur que le congé est irrégulier.
- Continuer à payer les loyers et occuper les lieux.
- Si besoin, faire constater la nullité du congé par le tribunal judiciaire.
Le propriétaire peut-il augmenter fortement le loyer après un congé pour reprise ou pour vente ?
Après un congé pour reprise, si le propriétaire reloue rapidement plus cher au lieu d’occuper les lieux, le congé peut être requalifié en congé frauduleux. Le locataire peut alors demander des dommages-intérêts, voire d’autres mesures. Pour un congé pour vente, la question se pose surtout si le congé masquait en réalité un projet de relocation à un loyer plus élevé. Dans les deux cas, les juges regardent la cohérence entre le motif annoncé et ce qui se passe vraiment ensuite.
Le locataire peut-il refuser un congé pour vente s’il souhaite rester dans les lieux ?
Le locataire ne peut pas empêcher la vente du bien. En revanche :
- Si le congé est pour vente mais irrégulier (délais non respectés, absence de prix, etc.), il peut être nul et le bail continue.
- Si le propriétaire décide de vendre occupé (sans congé ou avec un congé nul), le locataire reste en place, le bail se poursuit avec le nouveau propriétaire.
Que se passe-t-il si le locataire ne trouve pas de relogement avant la fin du congé ?
À la fin du préavis, en théorie, le locataire doit quitter les lieux. S’il ne peut pas, le propriétaire doit saisir le juge pour obtenir une expulsion. Le juge peut accorder des délais au locataire en difficulté, et la trêve hivernale bloque en principe les expulsions sur une partie de l’année. Le locataire peut aussi activer des dispositifs d’aide au logement (DALO, accompagnement social, CAF, etc.) pour sécuriser une solution.
Comment vérifier si l’on est un locataire protégé (âge, faibles ressources) ?
Pour savoir si l’on est “locataire protégé” au sens de la loi (au moins pour un bail vide) :
- Regarder son âge à la date d’échéance du bail (souvent 65 ans et plus, sous réserve des textes en vigueur).
- Comparer ses revenus aux plafonds prévus (liés aux logements sociaux).
- Vérifier si le bailleur n’est pas lui-même dans une situation qui supprime cette protection (âge ou ressources limitées).
Les montants et conditions pouvant évoluer, les fiches officielles sur service-public.fr et l’avis d’une ADIL sont les meilleurs réflexes.
Le locataire peut-il partir immédiatement après avoir reçu le congé du bailleur ?
Le locataire reste libre de partir à tout moment, même le lendemain de la réception du congé. Il doit simplement :
- Prévenir le bailleur (écrit recommandé conseillé).
- Organiser un état des lieux de sortie et remettre les clés.
- Payer les loyers et charges jusqu’à la date réelle de départ.
Une fois les clés rendues, il n’est plus redevable des loyers, même si le préavis fixé par le bailleur n’est pas terminé.
Que faire si le congé est donné par un “indivisaire” ou un copropriétaire seulement ?
En cas d’indivision ou de copropriété complexe, la personne qui donne congé doit avoir la qualité de bailleur ou le mandat nécessaire pour agir au nom de tous les bailleurs. Si un seul indivisaire, non mandaté, envoie un congé, celui-ci peut être contesté. Ce type de configuration nécessite souvent un avis juridique personnalisé.
Quiz express (1 minute) — Congé donné par le bailleur
Cliquez sur chaque question, puis sur « Voir la réponse ».
Un bailleur peut-il donner congé “sans motif”, juste parce qu’il veut récupérer le logement ?
B. Non, il faut un motif légal (vente, reprise, motif légitime et sérieux)
C. Oui, si le locataire est en place depuis plus d’un an
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Quel est en général le préavis minimal pour un congé bailleur en location vide (résidence principale) ?
B. 3 mois
C. 6 mois
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Le congé doit-il arriver avant une date précise ?
B. Non, il suffit de l’envoyer, même s’il est reçu après la fin du bail
C. Non, le bailleur peut le donner n’importe quand dans l’année
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Pour un congé pour vente en location vide, quel “réflexe” est généralement obligatoire dans la lettre ?
B. Exiger un départ sous 15 jours
C. Proposer automatiquement un relogement équivalent
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Quels modes d’envoi sont classiquement admis pour notifier un congé au locataire ?
B. Lettre recommandée avec AR, acte de commissaire de justice, ou remise en main propre contre récépissé/émargement
C. Message sur une messagerie instantanée (WhatsApp, Messenger)
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Pour vérifier un point particulier (bail meublé, logement social, locataire protégé, exception au droit de préemption), référez-vous aux fiches officielles sur Service-Public.fr.






